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On associe volontiers Meg Ryan à la comédie romantique, dont elle fut un emblème dans les années 1990.
© Alexandra Wey/Keystone ©

Cinéma

Quand Locarno rencontre Meg

L’actrice américaine s’est vu décerner un Leopard 
Club Award pour l’ensemble de sa carrière. Lors d’une conversation publique, elle est revenue sur les moments clés 
de sa filmographie, dont la fameuse scène de «Quand Harry rencontre Sally» durant laquelle elle mime un orgasme

La filmographie de Meg Ryan pourrait quasiment se résumer à une seule scène, tant celle-ci est restée dans les mémoires. Dans Quand Harry rencontre Sally (1989), son personnage, soudainement, décide de mimer un orgasme en plein restaurant. Lors de la conversation publique à laquelle elle a pris part au Locarno Festival, l’actrice américaine, 56 ans, est évidemment revenue sur cette séquence qui lui colle à la peau.

Elle s’est d’abord souvenue qu’elle a eu le rôle de Sally «par miracle», après une audition, une de plus. «Je n’avais fait que quelques films, dont Top Gun (1986) et L’aventure intérieure (1987), et j’étais devenue une sorte de professionnelle des auditions. Dans ce film, c’est Billy Crystal qui avait toutes les répliques drôles. Sally, elle, n’était comique qu’à travers son comportement, elle n’avait pas de punchline. Dans le script, elle devait simplement parler avec Harry du plaisir féminin. J’ai alors spontanément proposé de mimer un orgasme. Sur le plateau, Rob Reiner, le réalisateur, était finalement aussi nerveux que moi, car sa mère était là. C’est d’ailleurs elle qui dit: «Je vais prendre ce qu’elle a pris!» La première fois que ma fille a vu le film, elle se demandait ce que faisait sa maman…»

L’ami Tom Hanks

Meg Ryan a étudié le journalisme. Un jour, pour un reportage, on l’envoie prendre part au casting d’un soap-opera. Elle en repartira non seulement avec un article, mais aussi avec un rôle. Le premier jour de tournage, elle saute dans l’inconnu: «Je ne savais pas comment mémoriser un texte, comment bouger, comment interagir avec les autres acteurs.» Puis elle rencontre l’immense George Cukor, qui, à plus de 80 ans, lui confie un petit rôle dans Riches et célèbres (1981), son ultime long métrage. «Durant le tournage, il enlevait son dentier pour crier: «Ne joue pas!» C’est le meilleur conseil qu’on m’ait donné: il faut être, ne pas jouer», résume celle qui avoue adorer Carole Lombard, Irene Dunne et Katharine Hepburn. Et qui a profité de son passage à Locarno, qui rend cette année hommage à Leo McCarey, pour dire son amour des comédies de l’âge d’or, son admiration pour Cukor et McCarey, mais aussi Ernst Lubitsch.

De Tony Scott, le réalisateur de Top Gun, elle garde le souvenir d’un homme extrêmement sympathique. Elle n’avait que deux scènes à jouer et se souvient de ses indications sommaires: «Meg, dans cette scène-là, tu es heureuse. Meg, dans cette scène-là, tu es triste.» Elle a aussi tourné sous la direction d’Oliver Stone dans le biopic The Doors (1991): «C’est quelqu’un de sauvage qui aime beaucoup l’improvisation.» La native de Fairfield, dans le Connecticut, a également évoqué son compagnonnage professionnel avec Tom Hanks – ils ont joué ensemble dans Joe contre le volcan (1990), Nuits blanches à ­Seattle (1993) et Vous avez un mess@ge (1998), avant qu’elle ne le dirige dans son premier film en tant que réalisatrice, Ithaca (2016). «Tom n’est pas quelqu’un de surprenant, il est exactement ce que vous imaginez qu’il est: c’est un homme drôle et intelligent, curieux du monde et des autres, qui écoute beaucoup.» Sur le tournage de Joe contre le volcan, il lui a aussi donné un conseil qu’elle n’a pas oublié: «Tu n’as pas à faire juste, tu n’as pas besoin d’avoir peur. Le cinéma, c’est juste un art.»

Première réalisation

On associe volontiers Meg Ryan à la comédie romantique, dont elle fut un emblème dans les années 1990. «Mais sur les 38 films que j’ai faits, seuls une dizaine sont des comédies romantiques», insiste-t-elle. Et d’évoquer, en guise de contre-exemple, Pour l’amour d’une femme (1994): «J’y tiens le rôle d’une alcoolique. A cette époque-là, mon mari d’alors était en cure de désintoxication. Il y avait quelque chose de thérapeutique dans ce film, j’ai pu ressentir de l’empathie pour mon mari.» Elle estime que les films, parfois, influencent la vraie vie: «L’amour, tel qu’il est montré au cinéma, définit nos attentes.»

Dans Ithaca, elle a tenu à raconter une histoire de femme. Elle a aussi voulu faire un film à l’ancienne, avec un rythme plus lent. Tournée en vingt et un jours pour la somme quasi ridicule de 2,7 millions de dollars, cette première réalisation épouse le point de vue d’une mère élevant seule ses enfants dans l’Amérique des années 1940. Passer de l’autre côté du miroir a été une révélation. «En regardant à travers la caméra, en parlant avec les techniciens, on se sent vivante, tous nos sens sont en éveil, on entend les oiseaux différemment. J’ai très envie de le refaire.»

Reste que faire financer un film n’est pas aussi aisé que par le passé, qu’il faut désormais développer des dizaines de projets pour que de temps à autre un producteur morde à l’hameçon. Meg Ryan souligne en même temps la qualité extrême des productions télévisuelles, qui ont fait beaucoup pour proposer de beaux rôles de femme, et l’intérêt de pouvoir accéder à tous les films du patrimoine à travers la multiplication des chaînes et plateformes. Mais une projection sur un grand écran, dit-elle, n’a pas son pareil. Surtout à Locarno. «Voir un film sur la Piazza Grande, c’est quelque chose qu’on n’oublie jamais.» 

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