S’il reste méconnu du grand public, Alberto Lattuada (1914-2005) n’en demeure pas moins un des grands noms du cinéma italien. De Giacomo l’idealista (1943) à Une Epine dans le cœur (1986), il a réalisé quelque 35 longs métrages de fiction, explorant de nombreux genres – comédie, néoréalisme, adaptation littéraire ou espionnage. Le Locarno Film Festival permettra cet été à de nombreux cinéphiles de combler une lacune à travers une grande rétrospective monographique, et ainsi de réévaluer une œuvre peu commentée, car peu diffusée.

«Alberto Lattuada est l’auteur d’une filmographie abondante, passionnante et éclectique, résume Giona A. Nazzaro, directeur artistique de la manifestation tessinoise. Cinéaste au regard inquiet et curieux, généreux et politique, il a su préserver sa singularité et son individualité en se lançant sans cesse de nouveaux défis et en revisitant les genres sans jamais perdre de vue la relation avec le public.» C’est traditionnellement dans le cadre des Journées de Soleure que les programmateurs locarnais dévoilent leur rétrospective. Or, cette année, c’est en ligne que se déroule le festival alémanique. Se pose dès lors, à l’heure ou le Festival de Cannes envisage un report de mai à juillet, l’inévitable question d’une édition en présentiel, avec la majestueuse Piazza Grande en guise de lieu de retrouvailles pour la branche cinématographique suisse.

Le luxe de l’optimisme

Nommé en novembre dernier, Giona A. Nazzaro dirigera donc son premier Locarno dans un contexte pour le moins particulier. Pour lui, l’important est de se montrer à la hauteur des 73 précédentes éditions d’un festival qui a toujours défendu le cinéma d’auteur mondial, tout en acceptant le défi de transformation qu’est en train de vivre le secteur de l’audiovisuel. «Le festival doit imaginer des scénarios pour le futur, nous devons par exemple réfléchir à une nouvelle identité digitale, explique l’Italien. Et il nous faut voir comment accompagner une nouvelle génération de cinéastes très talentueux, mais qui ne se présente pas comme une génération de cinéphiles. Comment entrer en dialogue avec eux? Un festival, aujourd’hui, doit apporter des réponses à ces questions, mais sans pour autant renoncer à son identité.»

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Sur le plan de la pandémie, le nouveau directeur artistique explique ne pas avoir abordé l’élaboration du festival de manière différente qu’il l’aurait fait avant l’entrée en scène du coronavirus. Bien sûr, le respect absolu des mesures sanitaires permettant de garantir la santé des spectateurs sera, quoi qu’il arrive, au centre du dispositif. «Le festival sera un moment de fête où on se retrouvera autour des grands écrans pour célébrer les images en mouvement. Mais au vu du contexte, il nous faut aussi réfléchir à la manière de garder une présence proactive du festival durant toute l’année.» Capacité réduite dans les salles, Piazza Grande avec des sièges espacés, nombre de professionnels limités? Difficile de dire, forcément, à quoi ressemblera le premier Locarno de Giona A. Nazzaro. «Mais pour le moment, on essaye de s’offrir le luxe de l’optimisme.»