La collective printanière de la Villa Bernasconi est constituée cette année d’une rencontre – même si chacun a son espace – entre deux artistes, l’Anglaise Alice Anderson et le Valaisan de Genève Pierre Vadi. Ils ont en commun une attention à l’objet, au matériau. Une sorte de concentration qui force, stimule celle des visiteurs.

Alice Anderson enveloppe des objets existants. Quand elle estime qu’ils n’ont plus leur usage commun, elle leur donne une seconde vie, qui serait comme intermédiaire. Elle bande, entoure de fils de cuivre des caméras, des livres, souvent avec d’autres personnes, dans des séances qui tiennent du rituel et de la danse. Ce qui donne aux objets à la fois un aspect organique, animal, comme s’il s’agissait de cocons d’où allaient émerger des vies inconnues, et un aspect précieux, par la brillance du métal. Dans l’exposition figure par exemple un ordinateur portable dont le couvercle a été étrangement tordu par cet emballage qui tient de la transmutation.

«Sculpture sociale»

Au printemps 2012, Alice Anderson a ainsi momifié tous les éléments de son studio londonien, faisant participer de nombreux performeurs et fondant l’Anderson’s Travelling Factory, qui lui permet de continuer l’expérience sous forme de «sculpture sociale». A Lancy, elle a terminé d’envelopper de grandes toiles dont elle était l’auteure, qui occupent la pièce du rez-de-chaussée. Ces peintures sont devenues des sculptures, dont l’aspect monolithique évoque une dimension spirituelle.

Pierre Vadi, lui, occupe le dernier étage de la villa. Il a fait peindre les chambres de couleurs acidulées qui tranchent avec ses objets, regroupés sous le nom de Penthouse. Un terme qui désigne les appartements luxueux au sommet des immeubles et qu’il a aussi donné à une pièce faite de deux blocs de ciment de consistance, de rugosité différentes, superposés. Une autre des œuvres exposées est un moulage en résine sombre fabriqué à partir d’un petit édifice de plaques de chocolat qui ont bien sûr fondu dans l’opération. Il reste l’empreinte des carreaux.

A chaque fois les matières intriguent. Comme ces effets laqués, miroitants, sur une surface, tel un carton posé au sol. Comme ce petit cercle rose posé parmi des briquettes de bois est en fait de l’adoucissant, très prosaïquement. Et pourtant, la pièce a la douceur mystérieuse d’un mini-jardin japonais.

Alice Anderson et Pierre Vadi, Villa Berlusconi, Grand-Lancy, jusqu’au 23 juin. Tous les jours sauf le lundi de 14 à 18h.