Les reprises se suivent. On se réjouit du retour des formations orchestrales sur scène, même si la jauge des salles est restreinte et que les visages masqués musellent les sourires. Les yeux, eux, rient et les oreilles sont avides de musique vivante.

L’Orchestre de chambre de Genève (OCG) vient de remonter sur le plateau du Bâtiment des forces motrices (BFM) après des mois d’abstinence, dans un programme chamarré aux couleurs roses et au titre évocateur: «Héroïnes». Il s’agit, pour l’ouverture de la saison, de rendre hommage aux femmes atteintes d’un cancer du sein et à ceux qui œuvrent chaque jour à son traitement, sa guérison et son suivi. Ainsi tournée vers une cause sensible, en collaboration avec le réseau Asap, la soirée prend une dimension d’autant plus humaine en cette époque anxiogène de repli sur soi imposé.

Adoucir la vie

Heureusement, Mozart, Chopin et Britten sont là pour adoucir la vie. Avec un fil rouge tendu par des résonances tissées entre les pièces. En entrée de concert, la fraîche 34e Symphonie de Mozart est délivrée avec vivacité, clarté et élégance par un OCG en grande forme.

Arie van Beek, d’entrée de jeu, rassemble les énergies par un savoir-faire que l’expérience et la fréquentation réciproque ont affiné avec les années. La précision, les dynamiques bien dessinées, les couleurs variées et les attaques nettes rendent toute sa verdeur à l’œuvre d’un Amadeus de 24 ans.

Jeunesse encore, avec l’intrusion de Chopin célébrant, à 18 ans seulement, le compositeur qui le précède sur l’affiche. La pianiste Nathalia Milstein, 25 printemps et une jolie sensibilité, un peu scolaire en début de parcours, se lance dans les Variations sur l’air «Là ci darem la mano» du grand Frédéric (extrait de l’opéra Don Giovanni) avec beaucoup de naturel.

Ses longs bras, son jeu aux chants largement déclamés et la souplesse de son phrasé séduisent à défaut d’impressionner. Et la 5e Etude de l’opus 10, survolée plus librement en bis, se pare de son côté d’une légèreté de papillon. En deuxième partie, le ballet Les Sylphides de Michel Fokine déroule l’arrangement orchestral des pièces pour piano de Chopin par Benjamin Britten.

Elan et confiance

L’esprit viennois détonne dans les si fines valses, marzurkas, prélude ou nocturne réunis en un bouquet de huit pépites pianistiques. Si l’ensemble se veut festif, les arêtes et les délicatesses originales se perdent dans une masse instrumentale plutôt sirupeuse, et les tempos trop alanguis épaississent le discours.

C’est surtout la Sinfonietta Op.1 du même Britten qui réjouit par sa belle tenue. Arie van Beek tient les rênes serrées tout en laissant filer les musiciens là où il faut, avec un élan et une confiance convaincants. L’OCG répond à cette belle impulsion dans une cohésion rythmique, mélodique et sonore remarquable. La revenue s’annonce prometteuse.