C’est le rêve de tout enfant doté d’un brin d’imagination: emménager dans un manoir étrange, aux couloirs infinis et aux rangées de chambres à coucher, où sont cachées… des clés magiques. Rajoutez au tableau des ados et un drame familial, le tout sur fond de petite ville de la Nouvelle-Angleterre, et vous obtiendrez Locke & Key, la dernière grande sortie de Netflix.

A priori, on se dit qu’il s’agit d’une énième variation sur le même thème. Car la plateforme a déjà fait dans les maisons inquiétantes (Bates Motel, The Haunting of Hill House) et dans le fantastique jeune public (Stranger Things, Les Nouvelles Aventures de Sabrina). Mais en l’occurrence, ce scénario est né bien avant, et pas de n’importe quelle imagination: celle de l’écrivain Joe Hill, qui n’est autre que le fils de Stephen King.

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Esprit dans le puits

Entre 2008 et 2013, l’écrivain (d’horreur, c’est de famille) publiait Locke & Key, une série de comics en six volumes qui raconte l’histoire de l’étrange famille Locke. Tout commence par la mort de Rendell, le père, assassiné par l’un des élèves dont il était le conseiller scolaire. Après la tragédie, sa femme et leurs trois enfants, Kinsey, Tyler et Bode (prononcé «Bôdie»), quittent tout pour s’installer dans le manoir où Rendell a grandi.

Les jeunes ne tardent pas à découvrir que Keyhouse, cette maison victorienne isolée aux abords d’une bourgade du Massachusetts, renferme un secret ou plutôt des secrets: une dizaine de clés, finalement sculptées et capables de tout un tas de merveilles – enflammer n’importe quelle surface, ouvrir une porte pour se rendre à l’endroit de son choix ou encore réparer les objets cassés. Mais ces clés sont aussi intimement liées au passé trouble de leur père, et convoitées par une force maléfique, dormant au fond du puits de Keyhouse.

Cet univers enchanteur, qui vaudra à Joe Hill un Eisner Award en 2012 (prestigieux prix dans le monde de la BD), a rapidement attiré l’attention de la télévision. En 2010 déjà, un premier épisode pilote était réalisé pour le compte du réseau américain Fox. Celui-ci quittera le navire, et le projet sera successivement récupéré, puis abandonné, par Universal Pictures puis par la plateforme Hulu.

Explorer le trauma

C’est finalement Netflix qui enrayera la malédiction en produisant, dix ans plus tard, une série de dix épisodes. Ambitieux mais clairement destinés à une audience adolescente. Car si dans les comics, la quête des clés devient dangereuse voire sombre, l’adaptation Netflix se révèle aussi glaçante que la Sorcière blanche du Monde de Narnia (c’est-à-dire assez peu).

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Rythmée par la découverte des clés, essentiellement par Bode qui les entend murmurer, la série met tout autant l’accent sur l’intégration de Tyler et Kinsey dans leur nouveau lycée. Des scènes de flirts et de fêtes alcoolisées parfois clichés, mais qui permettent d’explorer leurs traumatismes respectifs. On retrouve les thèmes du deuil et de la culpabilité brillamment explorés par The Haunting of Hill House, notamment à travers la Clé de Tête, qui fait apparaître une serrure sur sa nuque (si, si) et permet de se promener dans son propre esprit, notamment pour y consulter des souvenirs – Kinsey décidera d’y «tuer» sa peur, personnifiée par un genre de goule agressive, et changera dès lors définitivement de comportement.

Jeu de cache-cache

Outre les explorations adolescentes, Locke & Key inclut aussi un oncle amnésique, une voisine louche, des visites en asile psychiatrique, un problème d’alcoolisme… et finit par ouvrir un peu trop de portes. Mais l’ensemble, grand patchwork d’éléments familiers, reste un jeu de cache-cache amusant et plutôt bien réalisé. On se prend à deviner quels secrets le prochain sésame pourra déverrouiller et comment il participera à résoudre le mystère.

Exploitant les éléments de fantasy comme autant d’analogies familiales (car ces clés sont les héritages qui ramènent les enfants à leur père, et à la découverte d’eux-mêmes), Locke & Key remplit son contrat de divertissement grand public. Et si dans l’histoire, les adultes sont incapables de détecter une manifestation surnaturelle lorsqu’ils la voient, la série parvient plutôt bien à diffuser le charme de sa magie régressive. Pari réussi pour Netflix.


«Locke & Key». Série en dix épisodes de 50 minutes. Disponible sur Netflix.