L'entreprise Henneberg, à Genève, avait passé commande à Auguste Baud-Bovy d'un panorama destiné à la World's Columbian Exhibition de Chicago en 1893. C'était à la mode. Castres avait ainsi reproduit sur toile circulaire L'entrée de l'armée Bourbaki aux Verrières. Pour Chicago, il fallait créer la sensation de vertige pour impressionner les Américains. Baud-Bovy, installé dans l'Oberland, proposa le site de l'Eiger, du Mönch et de la Jungfrau avec, de l'autre côté, la profonde vallée de Lauterbrunnen. Le peintre s'adjoignit deux collègues: Francis Furet et le peintre vaudois Eugène Burnand. D'autres artistes complétèrent leur troupe et tous s'installèrent, à partir du 25 juillet 1891, pour deux mois à l'Hôtel du Männlichen au-dessus de Wengen. Ils se partagèrent les secteurs, optèrent pour un éclairage entre 11 heures et midi.

De retour en plaine, chacun vaqua à mettre au point la maquette au 10e. Puis la troupe alla s'installer à Paris dans le baraquement qui avait abrité naguère le panorama de la bataille de Bapaume. Où chaque carreau de la maquette est projeté (par une sorte de lanterne magique) agrandi dix fois. La composition finale a 120 mètres de périphérie et 17 mètres de hauteur. Des éléments réels sont ajoutés entre la plate-forme d'observation et la toile pour parfaire l'illusion. On verra le panorama en 1896 à Genève. Mais il sombra en 1903 au large de Dublin, emporté par une tempête.

Ph. M.