Jean Pache s'est éteint alors qu'il veillait comme à son habitude, au papier, à la typographie, à la couverture d'un livre qu'il savait être le dernier: Nodales, suivi de Tuer n'est pas rien, paraîtra ce printemps chez Empreintes. «C'est un très beau manuscrit, dans lequel l'émotion et la forme se rejoignent», déclarent les éditeurs. «L'ouverture du livre est une réponse à la maladie qui littéralement prenait Jean Pache à la gorge; il n'a pas voulu lui laisser le dernier mot et le volume est construit en sorte que le destin individuel soit mesuré à une autre aune: la seconde partie s'inspire des massacres en Algérie, et le poète y affronte la bêtise du monde.»

Après un premier livre aux Miroirs partagés, Les Fenêtres simultanées (1955), Poèmes de l'autre paraît chez Gallimard en 1960, puis Analogies à La Baconnière (1966). Les recueils se succèdent à L'Aire, chez PAP et Empreintes. Un recueil de la maturité, Brûlots parmi les dunes (1990), donne un aperçu des ouvertures décisives de cette poésie: l'érotisme, le corps, de subtils poèmes circonstanciels, un bestiaire enjoué, la passion souterraine de Palerme, et pour finir, l'Histoire dans sa violence, évoquée dans l'un de ses plus beaux textes, «La parole œuvre dans les brisements». Son lyrisme vigoureux, qui allie la science du mot rare et de l'invention formelle, fait de Jean Pache le seul héritier de Pierre-Louis Matthey de sa génération.

Le regard du poète est au centre des ouvrages bibliophiliques, réalisés avec les artistes de l'Atelier de Saint-Prex: Michel Duplain, Edmond Quinche et Pietro Sarto, qui avait travaillé avec lui dès les années cinquante: «Ecrire, graver, c'est toujours de l'encre sur du papier», précise-t-il. «Une gravure, c'est une page: c'est pourquoi la présence du poète dans l'atelier du graveur est nécessaire, et la participation, l'œil de Jean Pache va nous manquer, nous manque déjà.»