Genre: Chroniques
Qui ? Curzio Malaparte
Titre: Ces Chers Italiens
Trad. de l’italien par Mathilde Pomès
Chez qui ? Les Belles Lettres, 188 p.

Qui ne s’interroge, ces temps, sur les mystères de l’âme italienne, au moins sous l’angle de l’impuissance politique absolue qui semble avoir envahi la Péninsule? Sans aborder la question de front, cet ouvrage déroutant et savoureux offre un regard de biais sur le mystère. Regard amoureux, au point d’évoquer parfois les envolées nationalistes du fascisme, mais aussi cultivé, esthétisant, baroque et sarcastique. Celui d’un Italien dont la complexité personnelle fait écho à celle attribuée à ses concitoyens: Curzio Malaparte, né Kurt Erich Suckert, d’un père allemand et d’une mère lombarde, toscan d’adoption, un temps fasciné par le Duce avant de devenir le témoin brillant et excessif de l’abomination guerrière dans laquelle ce dernier a entraîné l’Italie. Ces courts textes, en partie publiés dans le Corriere della Sera, étaient destinés à former un recueil jamais réalisé. Ils ont été regroupés pour la première fois en 1961 dans un ouvrage aujour­d’hui épuisé. Leur réédition permet de déguster, dans une traduction exemplaire, la langue admirable de l’écrivain. Et d’entrapercevoir, derrière la faconde provocatrice de l’auteur, quelques-unes des traits qui, entre cynisme politique pluriséculaire, poids d’un héritage culturel sans pareil et vulgarité décomplexée, permettent peut-être d’un peu mieux comprendre comment le même peuple peut être à la fois capable du meilleur économique et artistique et confier son destin à des figures comme Beppe Grillo et Silvio Berlusconi.