Hugo Loetscher. Es war einmal die Welt. Diogenes, 123 p.

Réputé pour son ample œuvre romanesque (traduite chez Fayard et Belfond), où se reflètent avec Zurich – sa ville d'origine – de vastes régions du monde, et connu aussi de par sa production de fabuliste et d'essayiste, Hugo Loetscher, le plus cosmopolite des écrivains suisses contemporains, publie maintenant, à 75 ans, ses premiers vers. Avec une verve qui entraîne parfois des développements quasi narratifs, mais qui sait aussi se restreindre jusqu'au laconisme, il esquisse avec légèreté et un zeste de désinvolture un bref mais incisif bilan de sa vie.

Après avoir «cueilli toutes les roses des vents», il se remémore les sites visités au cours de son existence de nomade, et revoit «tant de choses proches, à portée de main/ et lointaines à distance de mot». Réduit à être «voyeur de soi-même» et «empêtré dans le réseau de ses propres chemins», il s'interroge sur ses expériences passées, ses omissions et ses silences, et sur ce qui subsiste au bout du compte et pourrait tenir lieu de vérité quand approche de sa fin «un itinéraire de la curiosité». Car toujours plus présente au fil des pages, guette «une chienne de mort/ voilà».

Envisagée avec un détachement sarcastique, dans des vers d'une sobriété prenante, elle inspire tandis que le corps se délabre une épitaphe empreinte de scepticisme: «Je n'ai pas de vie/mais une œuvre./Cela vaut-il quelque chose?/La vie aurait-elle valu quelque chose?» De là, dans des strophes pudiques, un questionnement essentiel: «L'amour fut-il l'expérience/ de pouvoir exister/sans fondement/ et l'amour envers qui?» Il demeure, dans tous les cas, une réalité certaine et apporte semble-t-il une consolation ultime. «Une chose, une/ je l'ai sentie/le souffle/de l'amour.» Ces vers, figurant dans la première pièce du volume, rappellent un thème discret mais fondamental chez l'écrivain, et disent bien le sentiment qui à l'âge de la sérénité porte ses poèmes.