L'œuvre «climatique» de Jérôme Stettler

BEAUX-ARTS Le lauréat de la Fondation Gertrude Hirzel 2002

Le catalogue de l'exposition des travaux récents de Jérôme Stettler, 146e cahier de la Classe des beaux-arts, propose d'emblée en guise d'illustration la reproduction du capteur solaire et de la batterie d'alimentation qui permettent à l'œuvre majeure de l'exposition de fonctionner. Soit la face cachée, technique, d'installations qui relèvent d'une réflexion sur l'avenir de la planète et de la simple poésie. L'exposition elle-même, qui forme un univers harmonieux, est composée de deux installations, un couple d'éoliennes mues par l'énergie solaire et une manche à air, d'une série de gravures sur linoléum, d'une autre série de peintures sur bois et d'une image obtenue par impression numérique.

Des motifs se retrouvent ici et là, des ambiances: celle, glacée, des banquises et autres régions de steppes gelées, celle du «village idéal» sur pilotis, alors que la fonte des neiges a provoqué la montée des eaux; ou la frimousse pointue d'oracles qui ressemblent singulièrement à des pingouins, silhouettes penchées sur le trou noir que représente l'avenir ou sur quelque échappée belle. Les peintures à l'alkyde sur bois, réalisées par couches successives, d'où sans doute cette qualité de netteté transparente, l'impression donnée d'images en suspens, ces peintures apportent, en gris, en rouge ou rose foncé, en tonalités bleutées, la réponse utopique de l'artiste aux constats savants, et plus qu'une réponse, une perversion par l'ironie des attentes «catastrophistes».

L'une des compositions est l'interprétation picturale du projet d'un botaniste français des années 1980, qui avait conçu et réalisé un dirigeable lui permettant d'observer les cimes des grands arbres des forêts amazoniennes, autrement

inaccessibles. Comme les autres images, celle-ci est très économe, presque muette quant à sa facture, ce qui permet au sens d'émerger et de s'installer dans l'esprit du spectateur. Les installations, le manchon à air qui «sculpte» le vent et les éoliennes, présentent cette même pureté formelle, garante d'une vision exempte de toute source de distraction.

Jérôme Stettler, lauréat de la Fondation Gertrude Hirzel 2002. Palais de l'Athénée,

salle Crosnier (rue de l'Athénée 2, Genève, tél. 022/310 61 71). Lu-ve 14-18 h, sa 10-12 h et 14-17 h. Jusqu'au 8 février.

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