Festival de Locarno

L’OFC à Locarno: la Suisse est belle, son cinéma aussi

L’Office fédéral de la culture a donné sa traditionnelle conférence sur les bords du lac Majeur. En ces temps de bouleversements technologiques, le cinéma suisse se porte plutôt bien et imagine de prometteuses perspectives d’avenir

Le grand bond en avant, c’est celui du léopard qui se découpe, tous muscles bandés, sur fond noir. Devant cette affiche belle comme une fresque propagandiste, Isabelle Chassot, directrice de l’Office fédéral de la culture (OFC), Alain Berset, conseiller fédéral chargé de la culture, et Ivo Kummer, directeur de la Section cinéma de l’OFC, se retrouvent à la Ghisla Art Foundation pour leur traditionnelle conférence de presse locarnaise.Contrairement au léopard tutélaire, les trois grands ordonnateurs fédéraux ne bondissent pas; ils avancent lentement et souplement, mus par une vision, la conviction que la culture a en Suisse un rôle de cohésion sociale, qu’elle est porteuse de création et d’innovation, et enfin qu’elle est une véritable puissance économique.

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Il y a quatre ans, le même trio présentait à Locarno le Message culture 2016 à 2020 qui définissait l’orientation de la politique culturelle de la Confédération. Aujourd’hui, les autorités planchent sur le prochain Message (2021-2024), qui vise la continuité. Les mesures lancées en 2015 seront développées. Elles concernent la formation musicale. Des moyens seront engagés pour le programme Jeunesse et Musique, dont plus de 20 000 jeunes ont déjà bénéficié, et pour un soutien accru aux talents en herbe.

Les mesures concernent les langues aussi. Les échanges scolaires, dont seuls 2% des élèves ont eu la chance de profiter, pourraient se systématiser avec un budget de 10 millions de francs plutôt que de 3 millions. Les langues minoritaires seront l’objet de toutes les attentions. Un soutien sera apporté à l’enseignement de l’italien et aux médias de langue romanche, car pour vivre «une langue doit être parlée mais aussi lue», rappelle Isabelle Chassot.

Densité féminine

Quant au cinéma, puisque c’est l’art que célèbre Locarno, il se porte plutôt pas mal. Les parts de marché du cinéma suisse s’élèvent à 8,5%, ce qui est bien dans un secteur qui a régressé de 13% en 2018. Les champions en matière d’entrées sont Wolkenbruch, Papa Moll, #Female Pleasure, A l’Ecole des Philosophes, Les Dames et Der Klang der Stimme.

En 2018, 483 demandes d’aide sélectives ont été déposées auprès de l’OFC; 150 ont reçu un soutien à hauteur de 17,4 millions de francs. Dix projets de fiction ont reçu 11 347 000 francs pour l’aide au scénario et à la réalisation, et vingt projets documentaires touchent 3 128 500 francs.

«L’OFC accorde une attention particulière à la thématique du genre», souligne Ivo Kummer. «Les premiers chiffres sont encourageants», apprécie Alain Berset. L’idée de privilégier les femmes lorsque les projets sont de qualité égale a permis une balance plus égalitaire, puisqu’elles sont 43% à scénariser et 46% à réaliser des fictions; sur le versant documentaires, on compte 54% d’auteures mais seulement 29% de réalisatrices…

Transformation numérique

L’encouragement de la culture cinématographique représente une part importante des investissements de la Confédération: plus de 8 millions de francs ont été attribués à la formation continue, les publications, les festivals de cinéma et la Fondation Swiss Films.

Le Message culture 2021-2024 met l’accent sur la transformation numérique qui influence de manière importante la production, la consommation et l’archivage des films. Les fournisseurs de films en ligne seront soumis à l’obligation d’investir dans le cinéma suisse – en choisissant librement les projets qu’ils veulent soutenir. Cet apport constituerait une augmentation de 10% du budget du cinéma suisse.

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L’accès au patrimoine est une autre priorité: une fois terminée leur exploitation commerciale, les films sont difficiles à voir. La Cinémathèque suisse, qui ouvre en septembre son centre d’archivage à Penthaz, travaille avec d’autres à lutter contre l’oubli.

Enfin la Suisse est un des pays européens ayant le plus de coproductions à son actif, ayant produit 25 films l’an dernier avec des partenaires étrangers – Allemagne, Autriche, France, Italie, la Communauté française de Belgique, le Luxembourg, mais aussi le Canada et le Mexique. Elle entend poursuivre dans cette voie qui assure plus de visibilité dans les festivals étrangers.

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