comédie dramatique

«Si loin», joli road-movie équatorien

Avec ce réjouissant conte humain, Tania Hermida dynamise la trop rare production cinématographique locale

Si loin (Qué Tan Lejos) est le 18e long métrage de l’histoire du cinéma équatorien. Un chiffre difficile à concevoir sous nos latitudes privilégiées. Depuis une dizaine d’années, Tania Hermida, la réalisatrice, œuvre pour l’éclosion d’une production locale et semble avoir gagné en partie ce pari. Son émouvant road movie a été salué par la critique et le public à travers plusieurs festivals internationaux dont celui de Filmar, à Genève, où il a décroché le Prix du public en novembre dernier.

Si loin parle de routes et de rencontres. De villages perdus au milieu de l’Equateur et de personnages hauts en couleur. Un premier film aux allures de Beat generation sud-américaine, un voyage initiatique dont le point de chute importe moins que les chemins empruntés pour y arriver.

Esperanza (espoir) est une jeune touriste espagnole fraîchement arrivée sur le sol équatorien pour un trip sac à dos. Elle n’a pas d’autre but que de découvrir le vrai visage du pays. Elle parle tout le temps, et à tout le monde. Tristeza (tristesse), elle, est équatorienne, cérébrale et réservée. Elle décide de se rendre dans le village natal de son petit ami qui vient de la quitter pour le persuader de l’aimer encore un peu. On se doute que c’est perdu d’avance pour elle. Les deux femmes, que les prénoms opposent, se rencontrent à bord d’un bus, direction le centre de l’Equateur. Mais bien vite, les routes et les moyens de transport se retrouvent bloqués par une grève nationale. Le reste du voyage se fera donc avec les moyens du bord, à pied, en auto-stop, selon la bonne volonté des gens rencontrés au gré des chemins. Parmi eux, Jesús, au physique terriblement messianique…

Une belle nature humaine

De Quito à Cuenca, des liens vont se tisser et des a priori vont tomber. Le film se dévoile au départ à travers deux points de vue différents. Celui d’Esperanza représente la vision dépassée mais toujours présente en Equateur d’une Espagne arrogante et conquérante. Ce que lui reproche Tristeza, pourtant arrogante à son tour avec les «indigènes». L’histoire se répète et l’Equateur semble avoir du chemin à faire pour intégrer toutes ses populations, nous dit en substance Tania Hermida.

La jeune cinéaste dépasse cependant une mise en scène «carte postale» pour s’immiscer avec sincérité dans une partie de la vie du peuple équatorien. Son ton est plein d’humour, de légèreté et le film baigne d’une belle musique métissée. Au cœur du pays, à la croisée des routes, Si loin célèbre joliment la nature humaine.

Si loin (Qué Tan Lejos), de Tania Hermida (Equateur, 2006) avec Cecilia Vallejo, Tania Martínez, Pancho Aguirre, Fausto Miño, Ricardo González. 1h32.

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