Compétition

Au loin s’en vont les nuages

Olivier Assayas traque les paradoxes de l’ancien et du moderne dans «Sils Maria», film sur les actrices

Au loin s’en vont les nuages

Olivier Assayas traque les paradoxes de l’ancien et du moderne dans «Sils Maria», film sur les actrices

La position de dernier film de la compétition n’est pas la plus enviable: trop d’histoires et de fatigue accumulées, hâte d’en finir, l’esprit des festivaliers est déjà un peu ailleurs. Dans ces conditions particulières, Sils Maria d’Olivier Assayas s’en est plutôt bien tiré, comme l’an passé La Vénus à la fourrure . Rien de tel qu’un petit parfum de mise en abyme, qui renvoie cette fois le spectacle, le vedettariat et tout notre cirque médiatique à leur condition d’épiphénomènes dans le grand mouvement du monde! On est déjà moins sûr, par contre, que le film rencontre un aussi bon écho au-dehors, au moment de sa sortie.

Tout dans Sils Maria repose sur ses actrices, un improbable trio composé de Juliette Binoche, Kristen Stewart et Chloë Grace Moretz. Le film a été conçu pour la première, qu’Assayas a connue en écrivant le scénario de Rendez-vous d’André Téchiné (1985), l’histoire d’une jeune actrice de théâtre. Trente ans plus tard, c’est une vedette de la scène, Maria Enders, qui débarque à Zurich pour rendre hommage au dramaturge et metteur en scène Wilhelm Melchior. Celui-ci l’avait lancée à 18 ans dans le film tiré de sa pièce Maloja Snake , sur la relation ambiguë entre une femme mûre et une jeune employée ambitieuse. A présent, Maria se voit offrir une reprise de cette pièce, dans l’autre rôle! Le film se transfère ensuite à Sils Maria, en Engadine, où Maria et son assistante personnelle Valentine (Kristen Stewart) se sont retirées pour répéter le texte. Enfin, l’épilogue se jouera à Londres, avec Maria confrontée à sa nouvelle partenaire, la jeune star de cinéma Jo-Ann Ellis (Chloë Grace Moretz), à peine sortie d’un film de superhéros et traquée par les paparazzis…

A l’écoute de son temps

Sinueux et bavard, Sils Maria peine à décoller. Les dialogues sont intelligents sans être brillants – n’est pas Joseph L. Mankiewicz (Eve, La Comtesse aux pieds nus) qui veut. Quant à la pièce évoquée, elle rappelle plus Passion de Brian De Palma qu’un classique allemand, même récent! Pourtant, ce que le cinéaste parvient à glisser de son thème de toujours, le combat entre l’ancien et le moderne, ne tarde pas à devenir captivant. Jamais la technologie n’avait été aussi omniprésente que dans cette histoire où l’on «Google» et «YouTube» à tout va. En instance de divorce, Maria a de la peine à accepter qu’elle a vieilli. En face, la jeune Jo-Ann passe d’un talk-show salace à une liaison avec un homme marié. Et au milieu, Valentine arrive lestée de tout le bagage people de Kristen Stewart, vedette de Twilight qui a fait les choux gras des tabloïds. Généreux, Assayas les crédite d’une maturité insoupçonnée.

Tout ceci est donc très intelligent, mais un rien trop théorique, comme souvent chez l’auteur d’Irma Vep et Demonlover . L’émotion n’advient jamais vraiment pour le spectateur, avec juste une disparition et le phénomène météorologique du «serpent» nuageux de la Maloja pour apporter une touche de recul poétique. Et si l’âge et la maturité avaient fini par rattraper Assayas malgré lui?

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