Il y a trois ans, elle avait surgi du Caprices Festival de Crans-Montana, poussée par un ami à dévoiler ses torpeurs chantées. Folk viscéral en bouche, guitare en bandoulière sous crinière rousse, la jeune femme de 22 ans opérait un coming-out touchant. Le conte de fées pouvait démarrer. Olivia Pedroli, patronyme de Lole, s'est retrouvée un an plus tard à publier ses états d'âme sur The Smell Of Wait, premier album rafraîchissant mais brouillon. La Neuchâteloise y papillonnait au sein de quatre décennies de folk-rock et de pop sans ancrage affirmé.

«Ce disque était symptomatique de tout ce que j'écoutais. Des influences pas encore bien digérées», dit à présent Lole sans renier cette entrée en matière. D'autant que ses mélodies accrocheuses et sa voix veloutée ont si bien gommé les écueils de jeunesse que Lole s'est rapidement vue intronisée révélation pop romande (avec un passage à Paléo et 3500 CD écoulés en prime), dans un paysage musical qui ne tenait pas encore de «songwriteuse» attitrée.

Dans les replis perfectibles de ce répertoire en friche se cachait un talent d'écriture et de composition qu'il s'agissait de mieux valoriser. C'est chose faite aujourd'hui grâce à Sugary And Dry, collection de quatorze chansons. La production et les arrangements ont été confiés à Simon Gerber. Jeune musicien dans l'ombre du dernier enregistrement de Sarclo, il insuffle dans Sugary And Dry des textures sonores et des contrepoints harmoniques qui donnent plus de chair et d'assise aux mélancolies de Lole. «J'aime la mélancolie. C'est dans cette bulle que la musique et les mots surgissent.»

Si la chanteuse alterne encore les registres, embrassant folk-jazz, country, folk-rock, blues et music-hall dans son timbre caméléon, elle les habite davantage. Sugary And Dry porte ainsi bien son nom. Mélange de crève-cœur et d'éclaircie de l'âme, le disque dessine en filigrane la personnalité d'une Lole tiraillée entre introversion et désir d'ouverture.

Solitude, besoin d'amour, fuite du temps, autant de thèmes qui bercent Sugary And Dry. Alors que «Let It Go» résume le volontarisme d'une perfectionniste qui s'est donné les moyens de poursuivre son chemin musical. Avant d'entrer en studio à Carpentras, Lole dit avoir beaucoup écouté Johnny Cash, Catpower et Lucinda Williams. Des ombres. S'il y a une révélation dans le cas Lole, c'est celle-ci: avoir affirmé une personnalité sans en déflorer les référents.

Sugary and Dry (Disques Office). Lole en concert à L'Heure Bleue, La Chaux-de-Fonds, sa 14 avril à 20h30. Au Moods, Zurich, 20 avril. A Fri-Son, Fribourg, 17 mai.