Au cinéma Spoutnik de Genève, l'autre cinéma indépendant de Suisse romande, on aime le cinéma japonais actuel (Tony Takitani de Jun Ichikawa) et les jeunes filles (Innocence de Lucile Hadzihalilovic). De quoi rendre incontournable ces Kamikaze Girls, héroïnes d'un film attachant, à la fois délirant et plus tendre qu'il n'y paraît.

Adaptation d'un roman de Nobara (Novala) Takemoto, auteur «culte» chez les jeunes, ce film a ensuite inspiré une série de mangas. On y découvre le monde codé, à la fois fascinant, drôle et un peu inquiétant, que s'est construit une jeunesse aussi inventive que désorientée. Toute une «sous-culture», traduite à l'écran sans point de vue surplombant, en essayant au contraire d'adopter le vocabulaire des personnages, saturé d'images et de références.

Derrière ce délire formel permanent (coloris saturés, zooms brusques, arrêts sur image, dessins animés, décrochages de la narration, etc.) se cache en fait une histoire toute simple: celle de l'amitié improbable entre une «sweet lolita» rêveuse style rococo et une rude «yanki» style rock et rebelle. Malgré une approche méfiante, pour ne pas dire hostile, Momoko et Ichiko, 17 ans, se trouveront plus de points communs que prévu, dont une enfance pas précisément facile, un refus du monde adulte et une certaine inquiétude face à leur avenir.

Un tel film pouvait facilement virer au catalogue d'effets gratuits et virer au n'importe quoi. Son fond réaliste fait heureusement office de garde-fou pour Tetsuya Nakashima (cinéaste né en 1959 dont c'est là le 3e opus). Dès lors, on se laisse entraîner avec un délice croissant par les deux pop-stars qui incarnent avec naturel les jeunes filles, plus épaté et même touché qu'on ne l'aurait d'abord cru.

Kamikaze Girls (Shimotsuma monogatari), de Tetsuya Nakashima (Japon 2004), avec Kyoko Fukada, Anna Tsuchiya, Hiroyuki Miyasako, Kirin Kiki, Eiko Koike. 1h42