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Les huit danseurs réunis par Perrine Valli offrent un spectacle en forme de rituel de survie.
© Dorothée Thébert Filliger

Spectacle

Dans l’ombre du Bataclan, la danse de vie de Perrine Valli

La chorégraphe franco-suisse et le musicien Eric Linder prolongent l’onde de choc du 13 novembre dans une pièce saisissante, à l’affiche à Genève jusqu’à samedi

Dans une nuit de fête, soudain l’explosion d’une terreur. Le 13 novembre 2015, les Eagles of Death Metal délivrent leurs sentences d’airain, quand des rafales déciment les rangées du Bataclan. Ce carnage irrigue comme l’eau d’un puits sans fond L’Un à queue fouetteuse, spectacle serti d’ombres signé de la chorégraphe franco-genevoise Perrine Valli. Le sujet était périlleux, tant il est difficile d’éviter la redondance quand un événement entaille autant les consciences. Or l’artiste et son complice musicien Eric Linder inventent, à la Salle des Eaux-Vives à Genève jusqu’à samedi, un chant du corps sismique et élémentaire, rituel de survie aux tableaux souvent magnétiques.

Un état de guerre impromptu

Quels gestes alors mettre sur le chagrin du Bataclan, celui qu’Eric Linder n’oubliera jamais, lui qui passait ce 13 novembre dans le quartier et qui a entendu son apocalypse? Ceux imaginés par Perrine Valli et ses huit interprètes sont hiératiques et animaliers: ils évoquent un état de guerre impromptu et suggèrent une forêt sauvage archaïque. Voyez-les à l’instant, ils affrontent le vent mugissant d’un métro-fantôme. Ils forment une diagonale, raides dans leurs habits noirs – costume auquel Perrine Valli est fidèle d’une pièce à l’autre. Ils dressent leurs bras au-dessus de leur tête et ce sont les bois d’un cerf apeuré, ou la supplique d’une tribu stupéfaite.

Diablerie rythmique

Dépressive, cette célébration? Déchirante plutôt, avec des accès d’euphorie qui sont un pied de nez aux fous de Dieu. Ce cercle, par exemple, où chaque interprète est une diablerie rythmique, où les bras s’ouvrent en ailes d’aigle, où les visages s’envasent dans une transe secrète. On les dirait sur le point de s’envoler. Nuit sacrée. Ou cette autre scène, théâtrale, où ils se regroupent, portés par une incantation symphonique, pour hisser l’un des leurs vers le ciel.

Chaque élévation, chaque chute suggère ceci: une fraternité sur les cendres. Mais ils tremblent, des orteils aux oreilles, comme s’ils étaient des marteaux-piqueurs. Une demoiselle tombe. Plus tard, les rescapés recouvriront la gisante de leur chaleur, coque humaine au-dessus d’une belle insouciance liquidée. Alors certes, la redite menace un propos qui gagnerait à être resserré. Certes encore, la fumée blanche qui finit par dessiner un ciel de nuages relève d’une panoplie éculée. Mais L’Un à queue fouetteuse marque comme le requiem: dans un écrin de larmes, la vie remonte en lave.


L’Un à queue fouetteuse, Genève, Salle des Eaux-Vives, jusqu’au 6 mai.

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