Kaj Noschis. Carl Gustav Jung. Vie et psychologie. Presses polytechniques et universitaires romandes, coll. Le Savoir suisse, 144 p.

La psychologie de Carl Gustav Jung (1875-1961) a engendré des cohortes de disciples qui ont tiré son interprétation du rôle de l'inconscient vers des territoires aux contours flous, imprégnés de spiritualité douteuse. Kaj Noschis, d'origine finlandaise, pratique l'analyse jungienne à Lausanne et enseigne à l'Université de Lausanne et à l'EPFL: l'essai qu'il consacre à son maître dans la collection Le Savoir suisse a l'avantage de la clarté. La vie et l'œuvre de Jung sont indissociables, dit-il d'entrée: les éléments biographiques s'articulent donc avec l'exposé des principes théoriques; les principaux concepts exposés dans Types psychologiques dès 1921 sont également exposés en annexe de manière accessible au profane.

La carrière de ce fils de pasteur, qui expérimente le spiritisme pendant ses études de médecine, prend un tournant important en 1901: le jeune assistant à la clinique du Burghölzli à Zurich lit L'Interprétation des rêves de Freud. Il entreprend des travaux sur le test d'association de mots, écrit sa thèse sur sa cousine spirite Hélène Preiswerk. En 1904, il prend en analyse Sabina Spielrein qui deviendra à la fois sa collaboratrice et sa maîtresse, alors qu'il est marié avec Emma Rauschenbach, fille d'industriel, elle-même étroitement associée aux travaux de son mari. L'intrication des relations thérapeutiques et affectives de Jung, vécue dans une grande culpabilité, est un des points problématiques de sa pratique, que soulève Kaj Noschis et que le psychiatre lui-même a édulcoré dans son autobiographie.

Autre point obscur: les rapports «de curiosité, puis d'intérêt, enfin de compromission» que Jung entretient avec l'Allemagne nazie jusqu'en 1940. D'autant plus que certains écrits sur le lien entre un peuple et sa terre entraînent «des considérations hasardeuses à propos des juifs» qui lui seront d'ailleurs vivement reprochées par la suite.

Les relations avec Freud, dès la lecture de L'Interprétation des rêves en 1901 et la rencontre de 1907, sont d'abord chaleureuses, marquées par le combat commun pour imposer le concept d'inconscient et la méthode analytique. Ils voyagent ensemble aux Etats-Unis mais dès 1909, Jung prend ses distances et forge sa propre interprétation de l'inconscient collectif et des archétypes, ces images qui dorment au fond de chacun de nous et qui s'expriment dans les récits mythiques, les contes et, bien sûr, les rêves. Ces «points d'ancrage doctrinaux» s'opposent à ceux de Freud: le trauma et le désir incestueux. Par la suite, Jung forgera d'autres instruments dont celui d'anima, la femme comme guide intérieur, mais également, la part féminine de l'homme, tout comme animus est la part masculine de la femme. Enfin, il étudie les phénomènes de synchronicité, ces coïncidences inexplicables que nous connaissons tous. Enfin, thérapeute lui-même, Kaj Noschis dresse le bilan des apports de la psychologie analytique aujourd'hui, reconnaissant que les concepts élaborés par Jung ont ouvert «des pistes d'une grande fécondité et à cet égard n'ont pas vieilli».