L’ombre de Polanski plane sur la Berlinale… «The Ghost Writer», un thriller énergique et caustique tiré de «L’Homme de l’ombre», le best-seller de Robert Harris, retrace les déboires d’un ancien premier ministre britannique rattrapé par son passé et traqué par les médias…

L’ancien premier ministre Adam Lang (Pierce Brosnan) cherche un nouvel auteur pour rédiger ses mémoires après le mystérieux décès d’un premier nègre littéraire. La nouvelle plume (Ewan McGregor) s’installe dans la luxueuse villa isolée sur une île quasi déserte que possède le politicien aux Etats-Unis et découvre malgré lui les liens controversés qu’entretient de longue date son nouveau patron avec les services secrets américains et les raisons de l’engagement britannique dans le conflit irakien. L’action progresse au rythme des révélations de l’épouse de Lang (Olivia Williams), de la secrétaire du politicien (la méconnaissable Kim Cattrall) ou d’anciens amis, prenant un tour inattendu. Des dialogues souvent drôles, de nombreux clins d’œil à l’actualité, plusieurs coups de caméras sur des scènes absurdes du quotidien, le démontage systématique du politicien en direct à la télévision… Le spectateur sent le regard perçant du metteur en scène tout le long du film.

«The Ghost Writer», montré en l’absence de Polanski, était défendu hier par l’ensemble de l’équipe. «Je dois avouer que c’est bizarre que Roman ne soit pas assis ici, au milieu de nous, a regretté le producteur Robert Benmussa. J’ai toujours pensé que le film serait achevé. Lorsque Polanski a été arrêté, le gros du montage était fait. Et quand on parle de Polanski, «le gros», ça veut dire 99% du film. Une fois interné, il n’a jamais cessé de travailler. Nous lui faisions parvenir des paquets en prison, par l’intermédiaire de son avocat suisse. C’est comme ça qu’il a pu finir le film».

«Travailler avec Polanski est une expérience magique, a expliqué Pierce Brosnan après la projection. Chaque jour, il faut donner le meilleur de soi. C’était un travail très intense, très excitant». «J’ai appris davantage avec lui qu’avec tous les autres metteurs en scène avec lesquels j’ai pu travailler a ajouté pour sa part Ewan McGregor. Polanski est très direct, et au début, c’est assez désagréable. Mais dès qu’on a compris qu’il ne faut pas prendre ses critiques de façon personnelle, c’est fantastique de travailler avec lui. En fait, il est comme une mère: il agace, mais souvent, il a raison!»

Le film, présenté en compétition pour l’Ours d’or, aurait dû ouvrir le festival. Mais «cela aurait pu être interprété comme une prise de position sur un sujet dont nous ne voulions pas nous mêler», explique Dieter Kosslick, le directeur de la Berlinale.