Scène

La longue procédure pour désigner le nouveau patron de la Comédie

Le nom du directeur de la grande maison genevoise sera annoncé ce mardi. Quatre candidatures sont encore en lice, dont celle de la jeune Belge Anne-Cécile Vandalem et celle du duo formé par l’actrice Natacha Koutchoumov et le metteur en scène Denis Maillefer

Et si c’était elle…? Et si c’était lui? Dans les coulisses, ils sont encore six à espérer, deux tandems et deux cavaliers solitaires, six à espérer succéder à Hervé Loichemol à la tête de la Comédie de Genève dès juillet 2017; six à rêver surtout d’inaugurer, à la rentrée 2020, la Nouvelle Comédie, cette maison de verre tant attendue qui régnera sur le tout flambant quartier de la gare des Eaux-Vives.

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Stefan Kaegi dans le dernier quart

Le casting du dernier round? Christian Longchamp, un Vaudois qui a fait carrière comme dramaturge à l’opéra en France et en Belgique et dont le carnet d’adresses est riche de noms prestigieux. Le metteur en scène d’origine soleuroise Stefan Kaegi, adepte du théâtre documentaire, associé à Caroline Barneaud, directrice de production au Théâtre de Vidy. La jeune artiste belge Anne-Cécile Vandalem, chef de troupe dont le spectacle Tristesse a bouleversé au Festival d’Avignon. Et le duo composé du metteur en scène vaudois Denis Maillefer, fine lame du théâtre romand, et de la Genevoise Natacha Koutchoumov, l’une de nos meilleures comédiennes.

Quatre experts de choc

Le dénouement, c’est pour maintenant. Sur le coup de 11h, ce mardi à la Comédie, Thomas Boyer, président de la Fondation d’art dramatique (FAD), organe qui veille sur la destinée de l’institution, présentera le ou les lauréat(s). La course aura été éprouvante. En juillet passé, une trentaine de professionnels, suisses et internationaux, déposent leurs dossiers de candidature. La FAD les transmet alors à quatre personnalités de premier plan choisies comme experts. Ce quatuor est composé du Berlinois Thomas Ostermeier, le tout puissant et charismatique patron de la Schaubühne de Berlin; de Myriam Prongué, directrice de la division Théâtre de Pro Helvetia; de la Française Nicole Gautier qui a longtemps dirigé le Théâtre de la Cité internationale à Paris et du Genevois Dominique Catton, fondateur du Théâtre Am Stram Gram.

Une procédure contestée

Des sages? Oui et entreprenants, qui plus est. Ils s’inquiètent que certaines figures de la scène européenne ne se soient pas portées candidats. Ils les poussent à faire le pas, hors des délais. Contestable? «Les experts ont sollicité des personnalités qui n’étaient pas informées de la procédure, justifiait en novembre Thomas Boyer. Elles ont eu entre cinq et six semaines pour préparer leurs projets, soit moins de temps que leurs concurrents. Notre souci est d’avoir les meilleurs candidats possible. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être rigides.»

C’est que l’enjeu est immense. Cette fois, il ne s’agit pas seulement de reprendre un théâtre. Mais d’ouvrir une maison dotée de moyens deux fois supérieurs à ceux d’aujourd’hui - la dotation publique devrait passer de 6 à 12 millions –, riche d’une grande salle et d’une petite, de studios de répétitions et d’ateliers de construction. La Genève culturelle attend cette scène depuis 1987 au moins, date où le metteur en scène Matthias Langhoff publie un fameux rapport où il préconise une transformation totale de l’actuel bâtiment du boulevard des Philosophes.

Deux candidats au coude-à-coude

Alors qui pour donner un élan? D’après nos sources, Anne-Cécile Vandalem d’un côté, Denis Maillefer et Natacha Koutchoumov de l’autre, seraient encore au coude-à-coude à quelques heures de la décision qui sera prise lundi dans la soirée par les quinze membres de la FAD. Figureront autour de la table le magistrat responsable de la Culture Sami Kanaan et les représentants des partis qui composent le Conseil municipal. C’est cet aréopage qui s’apprête à écrire l’histoire avec l’une des décisions culturelles les plus marquantes de ces trente dernières années – depuis la nomination de Benno Besson en 1982. Le futur résident de la Comédie devra incarner non seulement un projet, mais un désir. Fédérer surtout la profession et susciter un élan populaire.

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