IL ETAIT UNE FOIS. Les dessinateurs de contes pour enfant sont-ils toujours conscients de leur pouvoir? A l'âge où l'écriture n'existe pas, les images s'ancrent dans la mémoire avec une force imaginaire qui ne sera jamais plus pareille. Et elles y restent longtemps. Ne me dites pas que vous avez oublié la couleur du sang sur les dents du loup dans «La Chèvre de Monsieur Seguin»… Le Musée Norman Rockwell, à Stockbridge dans le Massachusetts, consacre une exposition à une maison d'édition pour enfants,

celle aux Etats-Unis du Suisse Etienne Delessert, établi dans le Connecticut. Parmi ces magiciens de l'émotion exposés au bout du monde, outre Etienne Delessert lui-même, Monique Félix, illustratrice d'une quarantaine de livres et ancienne étudiante de l'Ecole des arts appliqués de Lausanne, et Jean Claverie, un enfant de Bourgogne formé, entre autres, à l'Ecole des arts décoratifs de Genève.

SANS L'OSCAR. Sophie Okonedo n'a pas eu l'Oscar du meilleur second rôle féminin. Ce n'est pas grave: quand il a été attribué à Cate Blanchett, Sophie, élevée dans un quartier pauvre de la banlieue londonienne par un père black et une mère blanche juive, aurait décroché «le plus large sourire de toute la soirée», juste contente d'avoir pu frôler des épaules Tom Cruise et Clint Eastwood. Pour «The Independent», cette talentueuse actrice, première comédienne noire britannique à être nominée aux Oscars depuis «Secrets & Lies», a une carrière très prometteuse devant elle. Remarquée pour ses rôles shakespeariens sur les planches londoniennes, Sophie Okonedo était pressentie pour l'Oscar grâce à son rôle dans «Hotel Rwanda» de Terry George: l'histoire vraie d'un hôtelier hutu de Kigali et de sa femme tutsie pendant le génocide. «Hotel Rwanda» – et Sophie Okonedo – arrivent sur les écrans d'Europe à la fin du mois.

ROYAL BALLET. Le chorégraphe danois Peter Schaufuss, ancien directeur artistique de l'English National Ballet, a présenté en première nationale à Manchester un ballet-hommage à la princesse Diana (à qui, paraît-il, il enseignait la danse en secret, à la nuit tombée). Dans «Diana the Princess», Zara Deakin, ballerine vedette, évolue sur une bande-son réunissant des morceaux de Edward Elgar, de The Cure, des extraits de l'interview donné par Diana à Martin Bashir en 1995 et de l'allocution de Tony Blair prononcée après l'accident mortel. Un ballet d'où le prince Charles, mené à la cravache par Camilla vêtue d'une culotte de cheval, ne sort pas grandi. «A quelques jours du remariage du prince de Galles, il est difficile de ne pas voir ce spectacle comme un pamphlet contre la monarchie», juge l'envoyé spécial d'Associated Press. Le spectacle devrait être présenté à Londres en mai.

BOLCHOI LIBRE. Si la monarchie britannique laisse faire, la Douma russe reprend goût à la censure. Mercredi dernier, l'assemblée a demandé la «vérification» par la commission de la culture de la moralité d'un opéra, «Les Enfants de Rosenthal», dont les représentations devaient commencer le 23 mars au Théâtre du Bolchoï. Première commande musicale passée par l'Opéra moscovite depuis vingt-cinq ans, l'œuvre a été élaborée par l'écrivain Vladimir Sorokine et le compositeur Leonid Dessiatnikov. «Sorokine est certes connu pour remettre en jeu les conventions de la littérature classique et utiliser un style cru, mais le Bolchoï, dont le budget dépend à 60% de l'Etat, n'a pas à répondre de ses choix devant le pouvoir politique» écrit la correspondante du «Monde» à Moscou.