POESIE. Adonis est un poète superstar. Pour autant que les mots «poésie» et «populaire» puissent être posés côte à côte sans bagarre. D'après «El Pais», à chacune de ses apparitions en public, le poète né en Syrie fait accourir fans et photographes. Adonis est venu à Madrid, entouré de ses admirateurs, présenter un recueil de ses poèmes. «Ma vie entière a été marquée par la poésie, a-t-il confié à «El Pais». Sans elle, je ne pourrais pas expliquer ma relation avec la nature, ou avec ma langue, l'arabe». Après avoir fondé à Beyrouth les revues «Chi'r» (1957) et «Mawâqif» (1968) – qui avaient pour but de libérer la poésie arabe du carcan de la tradition et de l'ouvrir aux influences étrangères – Adonis a contribué à l'invention d'une véritable modernité arabe et à sa reconnaissance en Europe comme aux Etats-Unis.

DIRIGER. Le monde des entreprises ne cesse de s'ouvrir à la culture (voir LT «Emploi et Formation» du 11 mars). Un chef d'orchestre lyonnais, Philippe Fournier, vient de développer une méthode interactive de management basée sur le parallèle entre le chef d'orchestre et le chef d'entreprise. Il a donné au début du mois une conférence sur la musique à des dirigeants d'entreprises: «Je m'oblige à penser que lorsque l'orchestre a fait un bon concert, c'est parce que les musiciens ont bien joué et qu'en revanche lorsque le concert est mauvais, c'est parce que je les ai mal dirigés.» Dans la même idée, rapporte le quotidien économique «La Tribune», l'Ecole de management de Bordeaux a créé une chaire «Art, culture et management en Europe», notamment pour permettre aux entreprises de trouver dans l'art des outils de développement.

LECTURE. «Les Carnets du sous-sol» de Dostoïevski serait «une histoire importante sur le mensonge, sur la façon dont on se ment à soi-même». L'œuvre a marqué le metteur en scène Patrice Chéreau, peut-être parce qu'il se sent lui-même un peu menteur. Depuis quatre ans, il trimballe ses «Carnets» d'un théâtre d'Europe à l'autre, pour des lectures publiques. «La lecture publique, c'est une bagarre», dit-il au «Monde». Celle de tenir le ton pendant une heure et quart, sans aller trop vite au début, sans «bouler» à la fin, tout en prenant le temps d'écouter le public, «de vérifier que l'enjeu est entendu, de ne pas faire trop d'histrionisme». De théâtralisation donc. «Là, j'ai du mal», avoue Patrice Chéreau.

I-MUSIQUES. Quel âge a le président de l'Union syndicale des magistrats français? Quelle que soit la réponse, Dominique Barella s'est fait des amis chez les jeunes perforés par les fils blancs de l'I-Pod. Dans une tribune libre de «Libération», le magistrat appelle à la dépénalisation de la musique téléchargée. «Pourquoi pénaliser les copies de CD au format MP3 alors que les CD sont hors de prix pour les jeunes: 20 euros en magasin, 1 euro le morceau téléchargé? Quand une pratique infractionnelle devient généralisée pour toute une génération, c'est la preuve que l'application d'un texte à un domaine particulier est inepte. […] Le jour où des milliers de jeunes se retrouveront place de la Bastille pour protester contre le CD téléchargé à 1 euro, aucun élu ne leur résistera.»

OPERA. Le metteur en scène allemand Peter Konwitschny fait partie des enfants terribles des scènes lyriques d'Europe. L'Opéra royal du Danemark a acquis l'une de ses créations pour l'ouverture de la saison dans son nouveau bâtiment. C'est un «Electre», d'après Sophocle. Sublime, selon le critique du «Financial Times». «La plus grande réussite de Konwitschny, dans cet opéra, c'est de rendre les relations familiales extrêmement étroites avant qu'elles ne se déchirent.» Le portrait d'une famille heureuse, transposée dans une époque contemporaine: un tête-à-tête mère-fille sur le sofa du salon, un jeune père qui batifole dans les bulles du bain de son jeune fils. Avant que le bain ne reprenne la couleur rouge sang des tragédies grecques. n