«L’Opéra doit être ambitieux»

Etude Un bureau munichois a été mandaté pour optimiser les stratégies du Grand Théâtre. Il dégage quatre axes

Le conseiller administratif genevois Sami Kanaan commente les résultats

C’est fait. Depuis qu’elle avait été annoncée au printemps dernier, l’étude commandée par la Ville et quatre commanditaires a été révélée en conférence de presse mardi. L’analyse de la situation financière et de gouvernance du Grand Théâtre, les stratégies futures pour le maintenir à son niveau européen et renouveler son public ont été livrées en quatre points (lire l’encadré). Le magistrat Sami Kanaan explique la nécessité de ce rapport, qui a coûté 100 000 francs, répartis entre le Cercle du Grand Théâtre, le canton et L’Association des communes (20 000 francs ­chacun) et la Ville (40 000 francs), la Fondation du Grand Théâtre n’ayant pas participé au financement de l’étude qui concerne l’institution.

Le Temps: Quelles sont les mesures les plus importantes ?

Sami Kanaan: Tout d’abord, le simple fait que cinq intervenants se soient mis ensemble pour se poser des questions et les examiner est exceptionnel. La première question d’importance concerne la collaboration renforcée de l’OSR et du Grand Théâtre. Sur le plan artistique, il y aura une collaboration beaucoup plus forte, qui va jusqu’au fait que l’OSR a proposé à Tobias Richter de s’associer pleinement au choix de son futur chef. Et on peut imaginer qu’à l’inverse, on trouvera des modalités le jour où le Grand Théâtre se choisira un nouveau directeur, pour que, d’une manière ou d’une autre, l’OSR soit, lui aussi, associé au choix de l’Opéra. Personnellement, je vois ce rapprochement comme une opportunité. Car il serait excessif, pour la taille de Genève, d’avoir deux orchestres séparés qui ne se consacreraient chacun qu’à un seul domaine, soit lyrique, soit symphonique. Il faut positiver la particularité genevoise. Une seule formation, à double activité, représente une valeur ajoutée. D’autre part, sur le plan de l’organisation, le fait que le chef titulaire de l’OSR vienne diriger deux à trois fois par saison en fosse – soit à chaque fois un mois et demi – implique une présence beaucoup plus importante de sa part sur place. Ce qui engendre une incidence importante dans nombre de domaines.

– Le canton interviendra enfin dans le budget de façon contractuelle.

– Son entrée se fera à petite dose, mais elle s’avère vitale. Si l’accord est tenu – car il faut encore que le Grand Conseil le valide –, le canton donnera 1 million en 2015, puis 2 millions en 2016 et 3 millions dès 2017. Soit 2 millions d’économies annuelles pour nous, sur le long terme. Exactement le déficit structurel du Grand Théâtre. Cette subvention permettra de corriger la part des frais fixes qui mangent chaque année les budgets disponibles pour l’artistique. Et donnera la marge de manœuvre nécessaire pour obtenir les voix, les chefs ou metteurs en scène désirés, ou pour étoffer le chœur. Du coup, les privés n’auront pas le sentiment de boucher des trous dans le budget de fonctionnement. Ils se sentiront rassurés sur le fait de soutenir l’artistique comme ils le souhaitent et non le structurel. Le Grand Théâtre doit être une scène de référence de niveau européen. Et pour cela, il doit être ambitieux. Avec la concurrence renforcée par les voyages low cost et le streaming, il faut impérativement trouver des solutions pour conserver notre place internationale.

– Les 66 millions de budget des travaux du Grand Théâtre ne sont toujours pas votés, alors que le temps presse…

– Début avril, la Commission des bâtiments devrait voter. A ma connaissance, il y a une majorité pour. Tout suit son cours relativement vite pour un crédit de cette dimension, puisque le dossier a finalement été saisi en février, après divers atermoiements.

– L’ex-Théâtre éphémère s’implantera-t-il aux Vernets ou aux Nations?

– Disons que je regarde d’abord les chiffres. La solution de la Campagne Rigot, près de la place des Nations, s’avère plus chère que la caserne des Vernets, pour des raisons pratiques. De l’autre côté, l’administration militaire, même s’il ne se passe plus grand-chose dans cette caserne, se voit mal mettre le terrain à disposition pendant deux années. Il y a des contacts au plus haut niveau pour voir si le geste est possible. Ceci dit, j’insiste, la solution des Nations est magnifique, mais elle coûterait largement 1 million de plus. Tout ce qui rend cette histoire passionnante mais très casse-cou, c’est que le compte à rebours est horriblement serré.

– Cette structure provisoire d’accueil de l’Opéra pendant ses travaux ne pourrait-elle pas devenir pérenne?

– Ce n’est pour l’instant pas envisageable plus de deux ans. La Campagne Rigot est un espace protégé. On ne peut y installer quelque chose de durable. Quant aux Vernets, l’armée n’acceptera pas un prêt plus long. Ce serait formidable que la salle se pérennise, mais il y aura aussi un sérieux souci de budget de fonctionnement. C’est très prosaïque. On pourrait évaluer la possibilité, car c’est souvent à l’occasion de contextes exceptionnels comme celui-là que naissent des scènes importantes. Et sur la rive droite, il est vrai qu’il y a un manque.

– Pourquoi la solution de repli du BFM avait-elle été écartée?

– Il est vrai que le BFM aurait été une solution naturelle, puisqu’il a été rénové pour le Grand Théâtre grâce à un généreux mécène genevois. Ensuite, l’entreprise Arfluvial, constituée par le canton pour son exploitation, proposait la location du BFM au Grand Théâtre à prix coûtant, chiffré 1,7 million. Mais c’est compter sans certains événements lucratifs, comme le salon de l’immobilier, qui impliquait de se décaler soit au Victoria Hall pour des versions de concert, soit à l’Alhambra, encore plus petit. Avec le monopole du traiteur maison du BFM, l’Opéra aurait aussi perdu ses recettes de buvette (quelques centaines de milliers de francs annuels). L’un dans l’autre, le déficit généré par un déménagement au BFM s’élevait à 3,5 millions par saison, soit 7 millions en tout. L’avantage du Théâtre des Nations, c’est que l’Opéra y sera chez lui, que sa jauge se montera à 1200 places et que les mécènes financeront.