C'est l'opéra de toutes les catastrophes. La Tosca de Puccini a suscité plus d'incidents que n'importe quel ouvrage lyrique. Au point que les rumeurs circulent, calquées sur des faits plus ou moins vérifiés. En 1942, Maria Callas faisait ses débuts dans Tosca à l'Opéra d'Athènes. Le soir de la première, elle entra en scène avec un œil au beurre noir. Elle venait de se jeter sur un homme, non pas pour le dévorer des yeux, mais pour lui déchirer le visage. Nez cassé: «Cette grosse putain n'y arrivera jamais», aurait-il déclaré peu avant le spectacle.

Cette anecdote, le Time Magazine la publia quatorze ans plus tard – en 1956! – dans un article qui fit le tour du monde. Selon le journal américain, le rôle n'était pas destiné à la Callas, mais à une vieille cantatrice d'Athènes qui, tombée malade, s'était désistée. Haïssant la Callas, elle aurait dépêché le mari pour réparer son honneur. La «tigresse» de l'opéra démentit l'anecdote. Envoya une lettre au journal américain, où elle déclara: «Cet opéra a été monté pour moi, et nous avons répété pendant plus de trois mois…»

C'est connu, les perruques de la Tosca s'embrasent facilement. Surtout lorsque les cantatrices s'emportent. Dans ses Mémoires, Tito Gobbi raconte comment, à la fin du deuxième acte, la même Callas était sur le point de l'assassiner. Alors que Tosca s'approchait des bougies qui se consumaient sur le bureau de Scarpia, sa perruque prit feu. L'homme se jeta sur elle, fit mine de l'étreindre et étouffa le feu. Le rejetant d'abord par dégoût, la Callas lui chuchota dans l'oreille: «Merci, Tito»… avant de l'assassiner.

De même, Galina Vichnevskaïa fut surprise lorsque Paskalis – qui chantait Scarpia – l'empoigna par les cheveux au lieu de tomber foudroyé par son coup de poignard. Convaincue qu'il était subitement devenu fou, elle chercha à se défendre. Jusqu'au moment où elle vit son postiche, en flammes, choir sur le sol. Heureusement, Placido Domingo était là: il arrosa l'objet avec une carafe de «vin» posée par hasard sur la table de Scarpia…

Autre ténor: Luciano Pavarotti, dont la voix n'a d'égale que la générosité des formes. Le voici à l'Opéra de Paris, en novembre 1984. C'est le soir de la première, tout le monde l'attend sur la scène. Mais Pavarotti est encore en sous-vêtements dans sa loge: «Personne ne nous avait prévenus que la représentation commençait à 19 h 30 au lieu de 20 heures.»

Mais là n'est pas le pire. Voilà qu'au deuxième acte, le tabouret en bois sur lequel il est assis s'écrase: «Hildegard Behrens [Tosca, ndlr.] est une comédienne pleine de feu. […] Elle s'est jetée du fond de la scène et s'est précipitée sur moi. On n'a plus jamais vu ce tabouret. Même avec ses renforts en acier, il s'est désintégré.»

Et les déboires de Régine Crespin? Elle chante Tosca à l'Opéra-Comique. Elle va tuer Scarpia. Mais le couteau, qu'elle a dissimulé derrière son dos, s'est glissé dans une couture de sa robe. Et refuse d'en sortir malgré ses efforts désespé-rés. «Je foudroyai Scarpia d'un tel regard qu'il tomba à la renverse et mourut seul, comme un grand», raconte-t-elle dans ses Mémoires. Un critique écrivit le lendemain: «C'est la première fois que j'ai vu un Scarpia mourir de peur!»

Mieux vaut cela qu'être percuté par une fausse balle à blanc. Le ténor Fabio Armiliato a ainsi failli passer l'arme à gauche durant l'été 1995: il chantait Cavaradossi, au Festival de Macerata. Au troisième acte, il devait se faire assassiner, comme d'habitude, par un soldat. Mais la balle à blanc était chargée avec trop de poudre. Sa botte fut transpercée et sa jambe heurtée. Lorsque Tosca (la cantatrice Raina Kabaivanska) accourut vers lui, elle l'entendit murmurer: «Appelle une ambulance!» Puis s'évanouit à la vue de son sang. Une heure plus tard, le ténor – aux petits soins – déclara qu'heureusement, le soldat ne l'avait pas visé «à la bonne hauteur»…