Chantier

L'Opéra des Nations prend forme

A Genève, l’imposante structure en bois s’élève aux abords de l’ONU. Tour des lieux à trois mois de la première production lyrique

Un sapin trône crânement sur le faîte de sa toiture. Le grand bâtiment en bois qui s’élève aux abords de l’ONU a été construit en un temps record: moins d’une gestation. Cette nouvelle silhouette n’étonne plus les passants pressés. Une banderole annonce la couleur depuis les premiers jours du chantier lancé le 16 février: «Ici se construit le futur Opéra des Nations». Les équipes à l’œuvre ont récemment fêté le stade «hors d’eau». Un conifère a donc été installé sur le toit, comme le veut la tradition. La pluie peut maintenant d’abattre sur l’édifice. Tout est à l’abri, avec seulement une semaine de retard. Il ne faudra pas mollir pour que les premières notes d’«Alcina» de Haendel puissent résonner comme prévu le 15 février prochain…

Quand les portes et fenêtres seront en place pour l’étape «hors vent» initialement annoncée pour fin novembre, on approchera de l’achèvement d’une aventure débutée le 4 mars 2014 à Paris, avec le rachat par l’Opéra genevois du Théâtre éphémère de la Comédie Française. Un espace de transition pour déménager le temps des travaux de réfection de la scène lyrique de Place Neuve jusqu’en 2018. Lors de la célébration de la pose du vaste plancher au printemps dernier (L.T. du 19 juin 2015), le sol boisé implanté au Parc Rigot révélait sa situation avantageuse, aux abords de la Genève internationale avec le Mont-Blanc à l’horizon. Aujourd’hui, le gabarit définitif de la construction occupe les lieux et s’intègre à l’ensemble des bâtiments proches. Seule différence: tout en bois, l’édifice est conçu pour être éphémère, et doit disparaître des terrains, propriété de l’Etat, dans trois ans environ.

Un des plus grands chantiers en bois de Suisse, que les associations, écoles et entreprises de charpentiers viennent visiter de tout le pays.

Encore ouverte à tous vents, la structure est déjà bien avancée. Sous le tournoiement d’une haute grue, entre les va-et-viens d’énormes tubes d’aération métalliques et autres poutres, planches, tuyaux, câbles ou modules divers, les électriciens et menuisiers s’affairent. Les équipements intérieurs prennent peu à peu leur place. Si les fauteuils, le mobilier et les équipements techniques arriveront quand le bâtiment sera protégé des intempéries, les 27 gradins (organisés de A à Z), la scène et son cadre, la fosse d’orchestre, une partie du gril, la régie et tous les espaces publics sont montés. La maison est prête à recevoir ses équipements divers. Pour l’heure, le secrétaire général du Grand Théâtre en charge du dossier «ODN», Claus Hässig, n’est pas peu fier de faire visiter «un des plus grands chantiers en bois de Suisse, que les associations, écoles et entreprises de charpentiers viennent visiter de tout le pays.»

Défi technique et humain

En quoi ce projet est-il exemplaire? «Par son volume total de 33’000 m3, l’importance des transformations nécessaires (une augmentation des dimensions de 40% pour installer une fosse, ajouter 360 fauteuils aux 750 initiaux, des loges, des espaces publics), l’adaptation du théâtre d’origine aux exigences acoustiques de l’opéra, le savoir-faire des artisans à l’œuvre et l’utilisation de matériaux locaux. Le tout dans les temps impartis. Cela représente un véritable défi, tant technique qu’humain. D’autre part, l’ambiance initiale n’a pas été touchée et reste très chaleureuse, et la visibilité est excellente de toutes les places, installées frontalement.»

Quant à la maison-mère de la Place Neuve, elle sera fermée totalement pour les travaux. Les ateliers du Grand Théâtre situés à l’Avenue de Saint-Clotilde, dans le quartier de la Jonction, continueront de fonctionner. Pas de déménagement à prévoir donc pour les perruquiers, peintres, tailleurs ferronniers ou menuisiers travaillant sur les costumes ou les décors. Seules les équipes techniques et de production se déplaceront sur la rive droite selon le rythme et les besoins des spectacles programmés, alors que l’administration et la direction investiront les anciens bureaux provisoires du Musée d’Ethnographie lors de sa rénovation, aux Ports francs.

L’inattendu ayant toujours sa part dans des chantiers de cette ampleur, le plus étonnant s’est caché dans les détails. «Les normes de sécurité anti-feu des sièges, particulièrement sévères à Genève, font partie des éléments qui ont ralenti l’allure. Il a fallu mettre en conformité ceux qui venaient de Paris, et concevoir les nouveaux, réalisés dans le même esprit par l’entreprise Franck + D, selon les critères de la police du feu. Ils doivent tous résister à trois minutes de chalumeau.»

En faisant le tour des lieux, on prend la mesure de l’importance du projet. Et on commence à imaginer l’aspect final de la réalisation. Le portail historique en fer forgé de la villa Rigot ouvrant sur une double rangée de tilleuls encore à planter, un espace de billetterie et d’accueil à construire au rez-de-chaussée, un grand escalier à installer pour desservir trois portes d’entrée, un hall garni de mezzanines, deux bars et des commodités adaptées. Reste à garnir ces vides qui prennent doucement forme, et à les investir. Une musique d’avenir à mener prestissimo.


En chiffres

Budget des travaux: 11,9 Millions de francs (dont 15% pour le seul plancher)

Les dimensions extérieures: 80m de longueur x 35m de largeur x 19m de hauteur

Les dimensions de la salle (hors scène): 29m de longueur x 28m de largeur x 16m de hauteur

La scène: 25m x 19m (475m2)

Le cadre de scène: 15m x 7,50m

La fosse: 18m de largeur x 6m de profondeur x 2m de hauteur pour une capacité de 65 à 70 musiciens

Nombre de sièges: 1110 (strapontins compris)

Piliers de soutènement en bois: 300

Distance maximale public-scène: 30m

Isolation et insonorisation: 40 cm d’éléments en bois et matériaux isolants

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