Ils ont versé un grand seau d'eau de Javel sur la scène des Deschiens. Et ont passé un balai allègre sur tous les débris des spectacles anciens. Avec La Cour des grands, qui a vu le jour à Rennes en avril 2001, Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff renouent avec le bonheur. En s'inspirant librement de l'extraordinaire élan populaire suscité par les footballeurs français, victorieux de la Coupe du monde 1998. Comme s'il fallait, après vingt-trois ans de saga claudicante et hilare, faire le pari de l'optimisme.

Symbole de cet élan, le couple a renouvelé son équipe. Des fidèles ont pris du champ. Et des novices, poètes des grandes surfaces comme leurs prédécesseurs, ont appris à griffer: Nicole Monestier et Patrice Thibaud par exemple.

Adieu donc cantines et cuisines chagrines. Les huit sportifs en chambre de cette Cour ont décidé de se voir plus beaux dans le miroir de leur ascenseur. Ils brodent à haute voix la success story du pauvre et ont désormais un modèle: les Bleus célestes, détenteurs du trophée Jules-Rimet. Ils ont ainsi des fourmis dans les gambettes et caressent des yeux un Graal illusoire, ces coupes argentées qui les narguent sur un rayon en plexiglas. Ils courent après des ombres, mordent parfois, trébuchent souvent, multiplient les tours de passe-passe qui chassent le cafard.

Oui, il y a de la joie sur scène, lorsque cette humanité maladroite et fraternelle se met à fredonner des airs de bal musette ou, mieux, l'hymne guerrier des stades: «Ce soir on vous met le feu.» Il arrive que des salles entières reprennent en chœur. Parions que les Deschamps feront chanter le Grand Théâtre.