L’OSR part aujourd’hui

à la conquête de l’Ouest

Musique L’orchestre s’envole pour une tournée de deux semaines qui reliera les deux côtes des Etats-Unis

Le chef Charles Dutoit et le pianiste Nikolaï Lugansky sont du voyage

Tout est prêt. Les instruments, chargés dans un camion après le dernier concert au Victoria Hall vendredi soir, sont partis directement jusqu’au Luxembourg. Là, conditionnés dans quatre conteneurs, ils se sont envolés vers Los Angeles. De leur côté, cent sept musiciens de l’OSR quittent Genève ce mardi matin. La tournée américaine, prévue depuis deux ans environ, débute enfin.

Treize jours de voyage, dans six villes réparties sur les deux côtes des Etats-Unis: le périple s’annonce musclé. Et passionnant. Car chaque destination sera une première grâce à l’itinéraire choisi par David Foster, responsable de la société Opus 3 qui a organisé ce long voyage de l’OSR.

A ceux qui estiment que les salles universitaires des villes visitées ne sont pas prestigieuses, Charles Dutoit oppose le meilleur contre-exemple qui soit: le chef suisse les a toutes pratiquées avec son Orchestre symphonique de Montréal, et d’autres formations de renom.

Le tourneur, lui, rétorque que les universités offrent le meilleur rapport coût-fréquentation. Car les prestations orchestrales ont évidemment un prix. Or, plus un lieu d’accueil est prestigieux, plus la hauteur des cachets est basse. Dans le domaine musical aussi, le marché de l’offre et de la demande commande.

«Ce sont de très belles et grandes salles, où toutes les meilleures phalanges passent», révèle le régisseur général de l’OSR, Guillaume Bachellier. «Le circuit des universités est connu. Il draine un public nombreux, venu des grosses capitales voisines, et on y joue dans des conditions agréables.»

«On ne se rend pas compte, en Europe, à quel point la fréquentation classique est importante aux Etats-Unis, ajoute-t-il. Il faut savoir, par exemple, que 15 000 personnes viennent aux concerts du Bailey Hall (2000 places), à la Cornell University d’Ithaca. Or, la ville compte 18 000 habitants. Cela vous donne un ordre d’idée…»

Pour la première fois, Guillaume Bachellier, dont c’est la 30e tournée depuis qu’il a pris son poste le 1er mai 2000, ne sera malheureusement pas du voyage. Une sournoise plaque de verglas en scooter… Le régisseur mènera donc depuis Genève quelques opérations comme le rapatriement de malades, si besoin en était, ou toute autre question administrative pouvant être réglée à distance. Sur place, son équipe s’emploiera à le remplacer, vaille que vaille.

Quelles sont les autres particularités de cette tournée, hormis les salles universitaires visitées? Sa longueur (13 jours), son nombre de concerts (7) ou… la différence de climat d’une côte à l’autre. «Le choc thermique risque d’en surprendre plus d’un. En espérant qu’il n’en terrassera aucun!»

Depuis le début du millénaire, la dernière fois que l’OSR était parti aux Etats-Unis, c’était avec le chef Pinchas Steinberg, en 2003. Avant, l’orchestre s’y rendait régulièrement, une année sur deux environ. Mais les conditions financières ont changé, et les grandes destinations se sont diversifiées.

Cette année, les deux programmes présentés sont particuliers. Volontairement estampillés «esprit Ernest Ansermet» par la direction et le chef Charles Dutoit, qui se sent un peu héritier de son compatriote. Les affiches offrent un beau choix d’œuvres françaises et russes, que le fon­dateur de l’OSR affectionnait ­particulièrement. Iberia de Debussy, Daphnis et Chloé ou La Valse de Ravel, Le Chant du rossignol de Stravinski et La Rhapsodie sur un thème de Paganini de ­Rachmaninov, interprétée par Nikolaï Lugansky au piano, sauront sans aucun doute séduire le public américain.

«On ne se rend pas compte, en Europe,du niveau de la fréquentation classique aux Etats-Unis»