Expositions 

L’originalité n’est pas toujours là où l'on pense

Autour de la collection contemporaine d’Olivier Mosset, une riche exposition interroge, au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, les notions d’originalité et d’unicité et présente copies, répliques, œuvres collectives et autres curiosités

Si les titres sont censés condenser le propos de l’événement qu’ils annoncent, celui de l’exposition ouverte à La Chaux-de-Fonds, autour de la collection qu’Olivier Mosset a offerte au Musée des beaux-arts voici dix ans, y parvient à merveille. Répliques: l’original à l’épreuve de l’art restitue ainsi la tension – le paradoxe aussi – propre à l’exigence d’originalité et d’expressivité que l’art contemporain a imposée, et que certains font en sorte de contourner.

L'exposition s’intéresse à ces derniers, qui jouent, jonglent même, avec les notions de copie, de citation ou d’appropriation. Les pièces réunies par Olivier Mosset, et les siennes propres, sont complétées par des œuvres des fonds du musée. Comme ces versions de la Femme du brigand veillant sur le sommeil de son mari, par Léopold Robert, lequel, contraint par le succès, en a réalisé pas moins de 14. L'ensemble présenté comprend aussi des pièces d’autres collections, publiques et privées.

Lorsqu’il s’agit de transgresser les règles en vigueur, les artistes rivalisent d’astuce et d’inventivité. Lorsque les plasticiens, aujourd’hui, se mettent à copier leurs pairs, ce n’est plus dans le cadre d’un processus d’apprentissage, comme ce fut le cas des peintres qui fréquentaient le Louvre. Et lorsqu’ils répètent leurs propres œuvres, ce n’est pas pour mieux les diffuser, et en faire profiter le plus grand nombre. C’est dans l’idée d’interroger la conception même de l’œuvre unique, réalisée et livrée à un seul exemplaire, signé bien entendu.

Le visiteur découvrira en effet nombre de travaux qui mettent à mal ce diktat. Tels les cercles noirs sur fond blanc de Mosset, répétés à l’identique pendant dix ans, et récemment repris par d’autres, comme Nicolas Boissonnas et Olivier Babin. Ou la quadruple lithographie de Mosset toujours, qui, chaque fois tournée d’un quart de tour, apparaît autre, sans l’être à proprement parler.

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Et que dire, dans le registre de l’appropriation à visée critique, de cette superposition, par Corinne Vionnet, de reproductions plus ou moins fidèles du tableau Impression, soleil levant de Monet? Ou, tout simplement, puisque les voilà entrées dans l’histoire, des sérigraphies qui multiplient les boîtes de soupe Campbell, par Andy Warhol? Ou encore des faux Pollock et autres grands maîtres par Mike Bidlo, qui revendique ses copies? Des tableaux dans le tableau et des œuvres mises en contexte, ou hors contexte, par Louise Lawler, mais aussi Aimé Barraud, Madeleine Woog, Charles Humbert?

L’exposition est si dense, tant sur le plan conceptuel que concrètement, elle offre tant de pistes de réflexion, d’amusement aussi, qu’il faudrait la parcourir dix fois, ne serait-ce que pour mettre à mal cette autre notion: l’exposition qu’on ne visite qu’une seule fois. Comme si cela suffisait!

Hommage à André Ramseyer

Signées André Ramseyer (1914-2007), une pièce en plâtre et la sculpture en bronze coulée sur ce moule introduisent à la seconde exposition, visible en parallèle. Il s’agit d’un hommage au sculpteur né dans le Jura bernois, non à travers les œuvres publiques qui ont assuré sa renommée, mais via les plâtres. Il s’agit d’ailleurs moins d’ébauches que d’œuvres à part entière, dont la forme et même le matériau, qui présente une patine propre, semblent définitifs. On pénètre ainsi dans l’atelier, découvre les outils de l’artiste, et une sculpture en cours de réalisation, qui montre ses entrailles, son armature, le tissu qui l’enrobe, avant le plâtre.

Les pièces se déclinent en courbes et en volutes, en roueries formelles, tel le ruban de Mœbius qu’interprète une des œuvres. Interviewé, l’artiste expliquait son goût pour la sphère, qui invite à tourner autour d’elle, comme le sculpteur fait tourner la sellette où prend forme son travail en cours. Manière d’insister sur le rôle de l’espace, aussi bien l’espace environnant et limité (l’atelier, le musée) ou illimité que l’espace intérieur. Ainsi se livrent, pour qui sait les capter, les «rapports secrets» dont chaque œuvre est le théâtre.


«Répliques: l’original à l’épreuve de l’art», Musée des beaux-arts, La Chaux-de-Fonds, jusqu’au 29 octobre.

«L’instant du plâtre», Musée des beaux-arts, La Chaux-de-Fonds, jusqu’au 18 février 2018.

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