beaux-arts

«L’Origine du monde» de Courbet aurait un visage

Le célèbre tableau représentant un sexe de femme ferait partie d’un tableau plus important, selon un expert qui dit avoir identifié une toile représentant la tête du modèle. Ce dont doutent plusieurs autres spécialistes

En «exclusivité mondiale», l’hebdomadaire français «Paris Match» a présenté jeudi une enquête susceptible selon lui de provoquer une «révolution» dans le monde de l’art.

Jean-Jacques Fernier, auteur du catalogue raisonné de Gustave Courbet (1819-1877), pense que le puissant tableau peint en 1866 a été découpé dans un nu plus large représentant une femme étendant les bras.

Le fragment de la tête du modèle aurait été retrouvé par hasard en janvier 2010 par un amateur d’art, «John», chez un antiquaire parisien. Ce jour-là, le collectionneur, qui souhaite garder l’anonymat, tombe sous le charme de cette huile sur toile (33 cm sur 41 cm) représentant la tête renversée d’une femme brune qui semble s’abandonner au plaisir. Il la négocie 1400 euros.

Il multiplie les recherches, consulte des experts, se persuade que cette tête est celle du modèle de «L’Origine du monde», toile scandaleuse achetée à Courbet par le diplomate turc Khalil-Bey qui la tenait cachée derrière un rideau vert dans un cabinet de toilette. Par la suite, elle a appartenu au psychanalyste Jacques Lacan, revenant par dation en 1995 au Musée d’Orsay à Paris.

L’amateur d’art se tourne vers l’expert Jean-Jacques Fernier. Après des analyses en laboratoire, il semble convaincu et imagine que le tableau d’origine, représentant le modèle dans son entier, faisait 120 x 100 cm «ou davantage».

Un visage irlandais?

Il suppose que la femme représentée est Jo Hifferman, la maîtresse irlandaise de l’artiste James Whistler, qui a eu une aventure avec Courbet.

Selon «Paris Match», si ces révélations étaient avérées, la tête achetée 1400 euros en vaudrait désormais 40 millions.

Interrogé par l’AFP, le Musée d’Orsay n’a pas souhaité commenter, soulignant que les conservateurs du musée ont «un devoir de réserve s’agissant d’œuvres en mains privées».

Des experts sceptiques

Frédérique Thomas-Morin, conservatrice du Musée Courbet à Ornans, ville natale du peintre dans l’est de la France, affiche son scepticisme. «L’Origine du monde» a toujours été décrite par les critiques de l’époque de Courbet comme une femme sans tête, ni jambes», souligne-t-elle.

«Courbet a fait plusieurs portraits connus de Jo Hifferman, qui était rousse, et je trouve qu’il y a peu de ressemblance avec le visage de la brune du tableau de «Paris Match», ajoute-t-elle.

Hubert Duchemin, expert en tableaux à Paris, se dit «effrayé par l’ampleur prise par cette affaire compte tenu des différences de facture entre les œuvres». «Les deux tableaux ne viennent pas du même pinceau», assure-t-il.

Une autre spécialiste, qui ne reconnaît pas non plus «la touche de Courbet dans ce visage», ajoute que ce n’était pas dans la pratique du peintre de couper des tableaux, contrairement à Manet.

«C’est un non-sens d’imaginer un visage associé à «L’Origine du monde». Ce qui fait la force, l’inventivité de ce tableau, c’est d’avoir été conçu comme ça», selon cette spécialiste.

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