Lorin Maazel, le dernier des chefs prodiges

Classique Le grand chef d’orchestre américain est décédé à 84 ans

Il laisse plus de trois cents enregistrements

Les pieds bien campés dans le sol. Les bras mobiles. L’œil noir, à l’affût. L’expression concentrée. On n’échappait pas à la présence de ­Lorin Maazel. C’était un chef-né. Il s’est éteint dimanche 13 juillet des suites d’une pneumonie, à l’âge de 84 ans, en Virginie. Après le départ il y a six mois de son cadet de trois ans Claudio Abbado, la direction d’orchestre perd une autre de ses grandes personnalités.

Enfant prodige de la baguette, Lorin Maazel aura consacré sa vie à un art qu’il avait dans le sang. Son grand-père Isaac Maazel, juif d’origine russe, était violoniste au Metropolitan Opera. Cette figure tutélaire marquera le petit Lorin, qui naît le 6 mars 1930 à… Neuilly-sur-Seine. Une brève existence française puisque ses parents, Américains, retournent s’installer aux Etats-Unis l’année suivante. Los Angeles sera leur ville d’élection. Lincoln et Marie mettent très tôt au violon leur petit. Son destin est scellé.

Dès 5 ans, le bambin prend ses premières leçons instrumentales avec Karl Moldrem. Et, deux ans plus tard, il se tourne déjà vers la direction d’orchestre. Un ami de la famille, Vladimir Bakaleïnikov, chef associé du Philharmonique de Los Angeles, lui prodigue son enseignement affectueux et exigeant. Le talent de l’enfant se dé­ploie avec tant d’évidence que le jeune Lorin monte avec aplomb sur l’estrade à 8 ans. Débuts en ­public avec l’orchestre de l’Université de l’Idaho: rien moins que la 8e Symphonie de Schubert, la fameuse «Inachevée»!

Encore plus précoce que Roberto Benzi, le chef en herbe dirige dans l’enchaînement nombre d’orchestres américains. A 16 ans, il entame des études de langues, mathématiques et philosophie, tout en étant violoniste au Symphonique de Pittsburgh. Il y devient chef assistant. C’est dire la richesse du tempérament et de l’intelligence du musicien-chef, qui ajoutera encore à son arc la discipline de la composition. Tout lui sourit, mais il travaille sans relâche et dévore tant la vie que la musique sous toutes ses formes. La planète l’attend.

La Scala l’invite en 1955, avant les scènes et orchestres les plus prestigieux. Premier chef américain et plus jeune de l’histoire du festival, il se voit confier à 30 ans Lohengrin à Bayreuth. Déjà expérimenté, Lorin Maazel devient alors le chef qu’on s’arrache. Il prendra la direction des orchestres du Deutsche Oper et du Radio-Symphonieorchester de Berlin (1965-1975), de l’Orchestre de Cleveland (1972-1982), du National de France (1977-1991), de l’Orchestre de l’Opéra d’Etat de Vienne (1982-1984), des sympho­niques de Pittsburgh (1984-1996) et de la Radiodiffusion bavaroise (1993-2002), du Philharmonique de New York (2002-2009), de l’Orquestra de la Comunitat Valenciana (2006-2014) et du Philharmonique de Munich (2011-2014).

Sa célébrité possède aussi ses bémols. Lorin Maazel connaît des conflits, notamment au Royal Opera House et à l’Opéra d’Etat de Vienne, qui rompt son contrat en 1984 après deux ans. Les musiciens lui reprochent notamment son autoritarisme et une attitude plus métronomique que musicale, alors que la presse regrette, dès les années 1980, sa prédilection pour le détail au détriment de l’expression. De plus, le choix de Claudio Abbado en 1989, à la suite d’Herbert von Karajan, déçoit tant Lorin Maazel qu’il décide alors de ne plus se produire avec le Philharmonique de Berlin. Egalement fondateur du festival de Castleton, Lorin Maazel sera resté, jusqu’à la fin, un boulimique de musique.

Le chef en herbe entame sa carrière à l’âge de huit ans