Salle bruissante et nerveuse, jeudi soir, pour la vente aux enchères de bijoux organisée par Christie's à l'Hôtel Richemont. Toujours un événement et toujours un spectacle lorsque le patron de la maison, François Curiel, empoigne son marteau de commissaire-priseur. Il a donc officié comme en chaire, avec la vivacité, l'humour discret et l'efficacité qu'on lui sait, glissant sur un objet lorsque le climat n'y est pas, capable de saisir le moment juste, de capter les frémissements des enchérisseurs, habile à laisser les prix grimper comme on laisse monter le lait pour retirer prestement la casserole, in extremis.

Or cette vente-ci, qui a connu, selon la loi du genre, ses phases d'élan et ses moments de torpeur, s'est achevée par un résultat final de 34,9 millions de francs, donc par un succès pour la maison qui s'adjuge plus de la moitié des parts de marché des ventes de bijoux genevoises de l'automne. «Une des plus belles ventes depuis dix ans, commente François Curiel, pour qui la place genevoise reste indétrônable en matière de bijoux.»

La tension la plus forte, ce n'est pas le diamant de 55,9 carats, rond et de la plus belle qualité D Flawless, vendu cher et rapidement à 5,2 millions de francs, qui l'a provoquée. Le climax absolu a été atteint lorsqu'est venu le tour des deux bijoux signés JAR. Un véritable événement tant les propriétaires d'œuvres du célèbre joaillier acceptent difficilement de s'en dessaisir. Lorsque furent présentés au public sa paire de pendentifs en lapis-lazuli et tourmaline et surtout sa broche – trois grandes feuilles distribuées autour d'une émeraude, pavées de pierres précieuses en subtil dégradé de couleurs allant du vert pâle au quasi-blanc – rapidement, le silence se fit. Et les mises s'élevèrent par paliers successifs. Estimée au départ entre 195 000 et 260 000 francs, cette pièce importante a finalement été attribuée pour 527 000 francs, sur un coup de marteau suivi d'applaudissements saluant le succès de la grande signature.

«Les acheteurs recherchent avant tout la très grande qualité, c'est indéniable, observe François Curiel. Or, JAR est non seulement un joaillier mais aussi l'un des plus grands artistes de son domaine à notre époque.» La rareté attire également, il en veut pour preuve la vente d'un collier de deux rangs de perles naturelles, au prix de 3,6 millions de francs, un record mondial stupéfiant. Qu'ont été les ventes de montres chez Christie's? Là aussi la satisfaction règne – les enchères ont atteint 12,8 millions – et là aussi les records ont plu.

En face, chez Sotheby's, les pierres colorées ont été très demandées, en particulier un étonnant diamant d'un bleu lumineux, pesant 10,6 carats, taillé en poire et monté en bague, qui été acheté 5,1 millions de francs. Le total des enchères de bijoux s'élève à 23,6 millions et la maison s'est taillé un beau succès de prestige grâce à la vente de ceux de Maria Callas pour près du double du prix d'estimation.