La statuette récompensant les héros du cinéma américain depuis 1929 porte le nom d’Oscar parce que, selon la légende, la première secrétaire de l’Académie, Margaret Herrick, se serait écriée qu’elle ressemblait à son oncle Oscar. Aujourd’hui, dans le sillage de l’affaire Weinstein, elle se charge d’une autre valeur symbolique: le présentateur Jimmy Kimmel a ironisé sur la figurine dorée «qui garde ses mains là où on peut les voir, ne dit rien d'insultant et n'a pas de pénis, (...), on a besoin de plus d'hommes comme ça à Hollywood».

Ce n’est pas Daniele Vega, actrice transgenre qui le contredira. Une Femme fantastique, de Sebastian Lelio, le film chilien qu’elle illumine de sa troublante présence, dénonce les préjugés de la société à l’encontre de celles et ceux qui sortent de la norme. Il remporte l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le mur que Trump rêve d’ériger entre les Etats-Unis et le Mexique n’est pas encore construit: la latinité est à l’honneur avec Coco, des studios Pixar, sacré meilleur film d’animation. Ce long métrage suit en chansons un petit Mexicain égaré dans le pays des morts.

Viva Guillermo!

Le Mexique est d’une certaine façon le grand vainqueur de la soirée, puisque Guillermo del Toro (Hellboy, Pacific Rim, Le Labyrinthe de Pan), qui partait favori avec treize nominations pour La Forme de l’eau, remporte quatre prix majeurs: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure musique originale (Alexandre Desplat qui, en remportant une seconde récompense hollywoodienne, s’inscrit dans la tradition des grands compositeurs français Georges Delerue ou Maurice Jarre ayant donné le la au cinéma américain) et meilleure direction artistique. Situé en 1964, en pleine guerre froide et au moment où l’Amérique commence à déchanter, ce film fantastique raconte une incroyable histoire d’amour entre une petite nettoyeuse et une créature amphibie. C’est un plaidoyer pour les laissés pour compte.

Gary Oldman, méconnaissable sous un visage prosthétique, incarne Winston Churchill dans Les Heures sombres. Il touche l’Oscar du meilleur acteur, conclusion logique dans un système qui raffole de la performance. Meilleur second rôle pour son personnage de flic pas trop futé dans 3 Billboards: les Panneaux de la vengeance, l’excellent Sam Rockwell est récompensé pour la première fois au cours d’une carrière bien remplie (Moon, La Ligne verte, L’Assassinat de Jesse James par les lâche Robert Ford...). Frances McDormand est couronnée Meilleure actrice pour le même film: elle tient le rôle d’une mère en colère bousculant la police locale pour que l’assassin de sa fille soit arrêté.

Notre critique du film: La mère d’une adolescente assassinée se déchaîne dans «3 Billboards: Les Panneaux de la vengeance»

La soirée a été ponctuée de messages contre les violences sexuelles sans toutefois faire la part belle aux femmes. Ainsi, elle a boudé l’excellent Lady Bird, de Greta Gerwig. On notera aussi qu’à l’exception de Jordan Peele, premier Noir à recevoir l’oscar du meilleur scénario original pour Get Out qu’il a aussi réalisé, la cause africaine-américaine, objet de tous les enjeux l’an dernier, n’était plus à l’ordre du jour.


Les Oscars 2018

Le Film: La Forme de l’eau, de Guillermo del Toro

Réalisateur: Guillermo del Toro pour La Forme de l’eau

Actrice: Frances McDormand pour 3 Billboards, les panneaux de la vengeance

Acteur: Gary Oldman pour Les Heures sombres

Actrice dans un second rôle: Allison Janney dans Moi, Tonya

Acteur dans un second rôle: Sam Rockwell dans 3 Billboards : les Panneaux de la vengeance

Scénario original: Get Out, scénario, de Jordan Peele

Adaptation: Call Me by Your Name, de James Ivory

Film d’animation: Coco, des studios Pixar

Film en langue étrangère: Une Femme fantastique. de Sebastian Lelio

Documentaire: Icarus. de Bryan Fogel et Dan Cogan

Meilleure photographie: Blade Runner 2049. de Roger A. Deakins

Musique originale: Alexandre Desplat pour La Forme de l’eau

Chanson originale: Coco, musique et paroles de Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez

Direction artistique: Paul Denham Austerberry, Shane Vieau et Jeffrey A. Melvin, La Forme de l’eau

Costumes: Mark Bridges, Phantom Thread

Montage son: Richard King et Alex Gibson, Dunkerque

Mixage son: Richard King et Alex Gibson, Dunkerque

Effets spéciaux: Blade Runner 2049, John Nelson, Gerd Nefzer, Paul Lambert et Richard R. Hoover

Montage: Lee Smith, Dunkerque

Maquillage et coiffure: Kazuhiro Tsuji, David Malinowski et Lucy Sibbicki, Les heures sombres

Court-métrage documentaire: Heaven is a traffic jam on the 405, de Frank Stiefel

Court-métrage: The Silent Child, de Chris Overton et Rachel Shenton

Court-métrage d’animation: Dear Basketball, de Glen Keane et Kobe Bryant