Quand on tient un musicien prodige, on se l’attache. En janvier passé, le concert de l’an des Amis de l’OSR accueillait Daniel Lozakovitj en invité surprise. Il avait quatorze ans et se lançait avec grâce et vélocité sur les ailes de Tchaïkovski. Mercredi soir, le jeune violoniste est revenu en soliste dans la série d’abonnements de l’OSR. Son visage enfantin et sa tenue de gentil garçon ne laissent pas paraître qu’il a pris un an. Et son jeu brillant, sur une attitude sobre, semble toujours faire le grand écart entre réalité physique et mentale. Mais cette fois, Mozart a fait la différence.

Le génie salzbourgeois mêle naturellement légèreté et profondeur. Cette facilité apparente semble résister à Daniel Lozakovitj. Autant le romantisme, le lyrisme et la virtuosité portent haut cet interprète plus que prometteur (formidable récitatif et scherzo du Caprice Op.6 de Kreisler donné en bis), autant son vibrato, ses couleurs citronnées, ses incertitudes d’intonation et son approche suspendue du 5e Concerto, si spirituel et joueur, paraissent décalés. Comme si l’aisance mozartienne l’empêchait de se libérer. Pourtant, la finesse de sonorités, la délicatesse de lignes et la subtilité de nuances ne manquent pas. Mais cette douceur se trouve étonnamment desservie par un jeu sérieux et tremblé.

Du côté de l’OSR, Hartmut Haenschen empoigne la masse orchestrale avec une autorité qui met en valeur Anges, l’univers mystérieux de Paul Klee de Jean-Luc Darbellay. Plus démoniaque qu’angélique, cette partition généreuse et puissante, donnée en création mondiale, révèle une belle maîtrise de la construction en strates et des éruptions orchestrales. L’aspect vibratoire des longues tenues des vents, la dramaturgie des percussions et la versatilité de cordes écartelées entre éclats et échos composent un impressionnant tableau dont les musiciens rendent bien la dimension organique.

Comme en miroir, le tragique et volcanique Mémorial pour Lidice de Martinu développe de magnifiques climats, des harmonies chatoyantes et des couleurs charnelles. Mais la 5e Symphonie de Beethoven, enchaînée directement à cette partition incandescente, donne l’impression d’une précipitation maladroite plus que d’un choix justifié. D’autant que la vitesse des tempos, la sécheresse des attaques et la dureté de nuances parfois assourdissantes l’écrasent sous une énergie plus violente qu’électrisante.