Le cinéma en plein air, on connaît. La musique aussi. Les deux ensemble, c’est plus rare. L’initiative de l’OSR, qui programme régulièrement des ciné-concerts au Victoria Hall et s’est lancé pour la première fois dans cette aventure inédite, a attisé la curiosité et le désir d’évasion du public. A Genève-Plage, sous un ciel limpide aux couleurs d’or et de rose, par une bise à décorner les bœufs, la diffusion du merveilleux The Kid, accompagné en direct par l’orchestre sonorisé, avait des airs d’irréalité paradisiaque.

Les spectateurs se sont pressés au rendez-vous, malgré l’assurance d’être sévèrement décoiffés et refroidis. Rien n’a entamé leur appétit. Couvertures chaudes, bonnets, gants, écharpes et attirail du parfait montagnard déployé au sol pour ceux qui ne disposaient pas d'un siège, on sentait l’impatience de l’attente à son paroxysme dans les rafales glacées.

Personne n’aura été déçu, malgré quelques grondements de larsens à la sonorisation. Sur l’écran blanc à leds, Le Kid n’a jamais semblé plus neuf et éclairci par une luminosité rayonnante et des plans nets.

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Après la boutade introductive du directeur général Steve Roger qui, vu les conditions météorologiques, déclarait qu’«Autant en emporte le vent aurait pu remplacer Le Kid», le chef Philippe Béran lui a emboîté le pas avec émotion et un inaltérable entrain. Au micro d’abord, comme il le fait toujours dans ses interventions cinématographiques, il a chauffé l’audience puis empoigné la partition d’une baguette convaincue et attentive.

Amour et humour

Malgré le système inhabituel d’écran à leds installé à côté de la scène où joue l’orchestre, la précision musicale a suivi l’action dans une synchronisation parfaite. Et mis en valeur avec tendresse l’histoire si attachante du petit orphelin abandonné, que Charlot élève avec tant d’amour et d’humour.

L’amplification sonore de l’OSR, ronde et bien équilibrée, a de son côté enveloppé les personnages et la narration d’une affection joueuse. On y a «ri, pleuré, et pleuré de rire», comme invitait à le faire Philippe Béran avant les premières notes. Et c’est cheveux au vent, serrée sous des couvertures partagées ou emmitouflée dans des tenues de fortune que l’assistance a suivi l’œuvre sans broncher, pendant les soixante minutes du film. Des étoiles dans les yeux et du miel dans le cœur. Vivement une suite!