Classique

L’OSR quitte l’Asie par la Porte de l’Inde

Après douze jours de périple asiatique, l’orchestre achève sa tournée à Bombay dans une salle enthousiaste

L’Inde tant attendue a enfin été atteinte, pour conclure la tournée en Chine. Une seule ville: Bombay, mais deux concerts consécutifs différents. Mercredi soir, le Jamshed Bhabha Theatre est comble et le public très communicatif. Que restera-t-il donc de ce déplacement lointain, et inexploré dans sa deuxième partie? Pour les musiciens, la découverte de salles et de publics étonnants. Et la satisfaction d’ajouter à la liste de l’orchestre, bientôt centenaire, une destination nouvelle.

Certains peuvent se demander si le prix, la fatigue et le retour financier ou artistique de tournées intercontinentales si éloignées peuvent rivaliser avec les villes d’Europe de grande tradition classique comme Vienne, Berlin, Londres ou Amsterdam. Pour les responsables, il s’agit d’un investissement sur le long terme. En image, rayonnement et possibilité de développer des contacts dans le monde. La présidente de la fondation rappelle la nécessité de faire partie des phalanges qui se produisent partout sur la planète. L’enjeu représente d’autre part une précieuse carte de visite artistique de Genève et de la Suisse que Florence Notter s’emploie à faire circuler le plus largement possible.


Retrouvez notre carte interactive: L'OSR en tournée, de la Chine à l'Inde


L'administrateur général ad interim Jean-Pierre Rousseau a de son côté repris au vol la tournée organisée par son prédécesseur Henk Swinnen. Pour lui qui se définit comme «homme de solutions et non de problèmes», cette tournée aura été une «expérience très intéressante». Elle lui a permis de retrouver l’OSR qu’il fréquenta assidûment pendant ses années passés à la RSR entre 1986 et 1993 comme producteur responsable de la musique symphonique. Son expérience à l’orchestre de Liège puis à Radio France et au festival de Montpellier qu’il dirige toujours, apportent de l’eau à son moulin.

«Depuis les deux tournées que j’avais suivies avec Armin Jordan, les choses ont beaucoup changé. Le mode de consommation musicale s’est transformé. L’OSR est à la fois le même, et s’est beaucoup renouvelé. Il a la chance d’être une marque forte dans le paysage classique. Après la période d’instabilité qu’il a récemment traversée, il me semble important de stabiliser et renforcer sa confiance en lui, et de réfléchir sur son fonctionnement, sa structure et ses objectifs futurs. L’avenir dira ce que le prochain directeur administratif envisagera.»

L'adieu du timbalier

Alors que les musiciens sont sur le retour, le bilan général est positif. A part le retard d’un jour de 27 musiciens restés à Bombay, tout s’est parfaitement déroulé. Le régisseur général Guillaume Bachellier et son équipe (Marianna Cossermelli, Grégory Cassar, Marc Sapin, Frédéric Broisin et Aurélien Sevin) n’ont pas eu à affronter de problème majeur. Ni la doctoresse Catherine Herter Clavel qui a seulement pansé quelques menues plaies et remédié à des problèmes respiratoires ou intestinaux mineurs.  

L’autre grande événement du voyage? Le dernier concert d’Yves Brustaux. Après 43 ans de bons et loyaux services dans le premier orchestre où il avait postulé en 1973, le timbalier le plus sympathique et cabochard de l’OSR finit sa carrière lors de l’ultime concert de Bombay. Quels sentiments à l’heure du départ? «Celui d’avoir eu une grande chance», déclare-t-il.

Esprit d'équipe et d'amitié

«J’ai appris le métier que j’adore depuis tout jeune avec Wolfgang Sawallisch, chef exigeant et concentré sur l’écoute de la musique. Pour un timbalier, le répertoire allemand est essentiel. Le lyrisme et la rondeur d’Hosrt Stein et la connaissance rigoureuse de Marek Janowski, grand régulateur d’orchestre, m’ont porté. Si Fabio Luisi ne m’a pas marqué, j’ai admiré le formidable travail de Pinchas Steinberg aux cordes et le talent musical de Neeme Järvi. Mais mon coeur bat du côté d’Armin Jordan, inspirateur des plus belles partitions de musique française, de Wagner et de musiciens dits dégénérés comme Korngold.»

Le timbalier est le pilier de l’orchestre, celui qu’on voit tout en haut, au au centre, comme une figure protectrice dont le rôle est défini par les plus «prétentieux» comme le deuxième chef de l’orchestre. Yves Brustaux voit l’avenir sereinement. «J’arrête totalement l’enseignement et l’orchestre. La vie est ouverte. Place aux jeunes. Et j’espère que mes collègues sauront défendre les acquis financiers, sociaux et artistiques gagnés de haute lutte par les anciens en ces périodes culturellement difficiles. Je leur souhaite aussi de cultiver le même esprit d’équipe et d’amitié qui m’a entouré. On ne le retrouve pas ailleurs.» Une figure qui va manquer...

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