musique

L’OSR en route vers demain

Depuis qu’elle est arrivée à la direction administrative de l’OSR, Magali Rousseau œuvre pas à pas en étroite collaboration avec le chef Jonathan Nott. Tour d’horizon à l’heure des cent ans

La «classic attitude», c’est un peu l’impression que donne Magali Rousseau depuis qu’elle a repris les rênes de l’OSR il y a deux ans. Ni dans le show off, ni dans la précipitation, ni dans la révolution ou la séduction facile, elle creuse loin des projecteurs un sillon droit et tranquille. La quadragénaire incarne donc parfaitement l’OSR, formation foncièrement classique dont l’avenir se dessine en transformation progressive.

Le Temps: Où en est l’OSR aujourd’hui?

Magali Rousseau: Il a à la fois considérablement évolué tout en demeurant le même. Le chiffre de 112 musiciens perdure, mais dans un rajeunissement important en peu de temps, grâce au remplacement des départs à la retraite. De jeunes talents prennent la relève aux postes importants de violoncelle solo, cor, violon, hautbois. Sur le plan concret, nous sommes en équilibre: égalité de musiciens hommes et femmes, dix-sept nationalités et une moyenne d’âge de 40 ans.

L’ADN de l’OSR a-t-il beaucoup changé depuis Ernest Ansermet?

Je dirais qu’il s’est renforcé avec les dix directeurs musicaux qui ont creusé ses spécificités identitaires. Après la transition de Paul Klecki, Horst Stein, Wolfgang Sawallisch et Marek Janowski ont approfondi le côté germanique. Armin Jordan et Fabio Luisi ont avivé la personnalité latine et romande. Pinchas Steinberg était plus généraliste et Neeme Järvi a ouvert sur le répertoire russe. Aujourd’hui, Jonathan Nott ranime la modernité et réunit les styles. La cohérence sonore et artistique est ainsi maintenue.

Les musiciens se sont-ils remobilisés autour de Jonathan Nott?

Indéniablement. Après une période de flottement sans chef attitré, on commence à récolter les fruits de son travail depuis son arrivée effective il y a plus d’un an. En plus de la sensibilité et du caractère agréable du chef, les déplacements en Argentine, aux Prom’s de Londres et à Lucerne ont galvanisé la fierté et le plaisir des instrumentistes. Le renouvellement des troupes et la variété des nationalités sont aussi stimulants. A Genève, nous avons l’avantage, même si ce n’est pas toujours facile, d’évoluer dans un brassage culturel très enrichissant.

Que reste-t-il de l’OSR d’Ansermet cent ans plus tard?

Une formidable reconnaissance internationale grâce à la politique discographique musclée et aux nombreux déplacements initiés par le fondateur, que nous essayons de poursuivre le plus possible en fonction des finances. Et la hauteur de la qualité, remarquable. Quand on entend l’OSR et Ansermet avec Régine Crespin dans Shéhérazade de Ravel, on est impressionné par le niveau exceptionnel atteint, déjà à l’époque.

Un niveau maintenu?

Il existe toujours des périodes de hauts et de bas dans la vie de tout orchestre. Après la mort d’Ansermet, il y a eu un affaiblissement légitime. Les musiciens ont dû faire le deuil de cinquante ans d’un règne sans concurrence. L’OSR a subi des moments de creux, mais il est toujours bon.

Vous n’avez pas repris le programme du premier concert de l’OSR pour célébrer le centenaire. Comment avez-vous conçu les affiches?

Nous avons voulu montrer la spécificité de l’orchestre tel qu’il est aujourd’hui. A part l’entier de la saison, il y aura notamment trois concerts articulés en festival sur la semaine précédant le 30 novembre, date de la première apparition de l’orchestre au Victoria Hall en 1918. La modernité est représentée avec la création suisse du Concerto pour trombone de James MacMillan, ou l’œuvre Core pour orchestre du Suisse Dieter Ammann. On retrouve bien sûr Honegger et Bartók, fidèles compositeurs d’Ansermet. L’Oiseau de Feu représente un clin d’œil: le chef donna en effet la pièce de Stravinski en création genevoise en 1919. Au niveau des styles, ils seront tous représentés: la palette russe avec Stravinski, Tchaïkovski et Moussorgski, la francophone avec Honegger et la germanique avec Beethoven. Quant à la mission lyrique de l’OSR, elle sera signalée lors du concert anniversaire final avec la soprano Sonya Yoncheva.

Le coffret de 5 CD a-t-il été pensé de la même façon?

Oui pour les trois répertoires fondateurs et celui du XXe siècle, avec un disque chacun. Le cinquième est consacré à des documents d’archives inédits d’Ansermet. Cette parution a demandé un travail considérable de nos archivistes Michel Debonneville et Jean-Pierre Surget, qui ont opéré une sélection drastique de cent enregistrements parmi les milliers qu’ils ont écoutés en dix ans. Nous avons choisi avec Jonathan Nott et le musicologue Jean-François Monnard une trentaine de titres en fonction de l’intérêt historique et des affinités affectives que nous estimions représentatives de l’OSR.

Quels défis doit relever l’OSR pour son prochain centenaire?

Comme tous les orchestres classiques, le renouvellement et la diversification des publics sont essentiels si on ne veut pas que l’érosion s’installe. Cela implique une profonde réflexion sur les programmes et leurs formats. Il faut trouver le bon équilibre entre les genres musicaux et les durées de concerts pour que tous les publics s’y retrouvent. Nous sommes portés par l’arrivée de la Cité de la musique avec l’amélioration des équipements techniques, la facilité d’accès, le confort d’écoute, le mélange des flux de fréquentation entre l’OSR, les grands orchestres invités, la Haute Ecole de musique et les différents espaces de vie et de travail. C'est un grand atout.

Comment se profile la collaboration avec le Grand Théâtre?

Très bien! Aviel Cahn se montre très à l’écoute de notre réalité et travaille en étroite collaboration avec nous. La nouvelle convention a été acceptée et est en phase de signature. L’invitation des chefs à l’Opéra se déroule désormais en accord avec l’OSR et notre directeur musical apparaîtra en fosse une à deux fois par an.

Que restera-t-il de ce centenaire?

Physiquement: le coffret de 5 CD, un recueil de nouvelles de dix auteurs suisses illustré par Frédéric Pajak aux Editions Slatkine (OSR, Premier siècle), un Infolio de Jean-François Monnard (L’Orchestre de la Suisse romande, Un siècle en poche), une ligne d’objets de merchandising, un journal papier de la HEAD, un album de photographies en tirage limité… Immatériellement: la joie de passer ce cap en pleine santé technique et artistique, avec nombre de projets enthousiasmants en ligne de mire.


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Les points forts de la semaine anniversaire

Trois concerts dirigés par Jonathan Nott:

Au Victoria Hall à 20h:

– Lundi 26 et mercredi 28 novembre: Beethoven, Bartók et Ammann, avec Pierre-Laurent Aimard au piano.

– Mardi 27: Honegger, MacMillan (création), Gershwin et Bernstein avec Lucas Debargue au piano et Jörgen van Rijen au trombone. Concert redonné le 29 au Théâtre de Beaulieu à Lausanne à 20h15.

– Vendredi 30: concert anniversaire. Tchaïkovski, Moussorgski et Stravinski avec la soprano Sonya Yoncheva.

Le week-end anniversaire au BFM:

– Samedi 1er de 13h à 18h et dimanche 2 décembre de 11h à 18h: concerts, ateliers, archives visuelles et sonores, conférence-débat…

Radio et télévision:

– Diffusions et retransmissions de concerts TV sur la RTS, Arte et Mezzo les 25 novembre, 2 et 3 décembre.

– Les trois concerts anniversaires seront diffusés à la radio soit en captation directe soit en différé sur Espace 2, SRF, RSI, La Première et France Musique.

– Emission thématique lundi 3 décembre de 20h05 à 1h20 sur RTS Deux avec best of (tournées, chefs, solistes, répétitions…), diffusion intégrale du concert anniversaire du 30 novembre et archives (hommage à Ernest Ansermet, Armin Jordan et extraits des concerts de Buenos Aires).

– Nuit blanche avec l’OSR sur La Première, vendredi 30 novembre de minuit à 6h du matin: diffusion des 3 concerts anniversaires enregistrés au Victoria Hall.

Autres événements:

Coffret de 5 CD: archives sonores inédites avec les dix chefs d’orchestre de l’OSR dans les répertoires français, russe, allemand et du XXe siècle (RTS/Pentatone).

Street Light Orchestra: création de Dan Archer sur des œuvres enregistrées par la RTS avec l’OSR. Quatre lampadaires sonores entre lesquels le promeneur peut se déplacer pour vivre une expérience musicale en plein air. Repris à la Terrasse Bel-Air de Lausanne jusqu’au 26 décembre, après Genève au parc des Bastions.

Mapping: illumination du Victoria Hall jusqu’au 30 novembre de 17h à minuit.

Livres: OSR premier siècle, nouvelles par dix auteurs suisses, avec illustrations de Frédéric Pajak (Editions Slatkine), L’Orchestre de la Suisse romande, un siècle en poche, de Jean-François Monnard (Infolio).

www.osr.ch

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