Il y a toujours un instant de grâce, dans les longs déplacements. Celui du voyage américain s’annonce proche. Les œuvres déjà présentées la veille à Aliso Viejo, et qui composent les quatre premiers programmes sur les sept à l’affiche, prennent plus que de la bouteille. Elles gagnent en âme et en intensité. L’adaptation physique et mentale s’annonce parfaite d’ici peu. «C’est le troisième jour le plus difficile», lançait le chef en répétition au Mondavi Center de l’Université de Davis. «J’ai tellement voyagé qu’on m’appelait le décalé, continuait-il. Ce soir, prenez une petite pilule, et demain, vous verrez, tout se mettra en place.»

Tout s’est déjà passablement bien installé ce vendredi 13, jour de chance. Car non seulement la grande salle de 1800 places offre beaucoup plus de satisfactions acoustiques que la précédente, mais l’OSR ouvre sa palette sonore (grincements, aigreurs, acidités et éclats remarquables dans le Chant du Rossignol de Stravinsky) et développe une rythmique féroce dans Ravel et Rachmaninov aussi. Le pianiste Nikolaï Lugansky se met de son côté à lâcher un peu de son contrôle et de sa dureté de toucher.

Il reste encore quelques réglages fins à peaufiner dans Iberia de Debussy, et le bonheur sera parfait. Pour l’instant, on le devine déjà dans les gestes de tous. La dynamique et l’ensemble impeccable des mouvements des musiciens. Et devant eux, la danse élastique et énergique du chef qui porte, après les explications et le travail réalisé une heure plus tôt, des fruits juteux et savoureux.

Le public, qui se lève pour saluer la performance, n’en a pas perdu une goutte.