Fiction tv

«Lost» ou le syndrome de l’ours polaire

La bonne position de «Lost» dans le classement des meilleures séries publié par «Le Temps» a surpris de nombreux lecteurs. Hasard, Carlton Cuse, scénariste, s’est récemment exprimé à propos de la série

Peu après la fin de Lost, le scénariste Carlton Cuse, qui fut responsable de la série avec Damon Lindelof, a voyagé en Suisse avec sa femme. Il aime raconter qu’encore là, il voyait l’ours polaire de l’île lointaine – «vous imaginez, en Suisse!» Après six années, la fiction hantait encore son auteur.

Carlton Cuse a évoqué l’anecdote cette semaine à Lille, lors du festival Séries Mania. Il était amusant de l’entendre peu après la publication par Le Temps du classement des 50 meilleures séries selon des critiques francophones. La position de Lost, en deuxième place, en a estomaqué plus d’un, de la surprise totale à la pleine furibonderie. N’est-ce pas exagérer la valeur historique de ces six saisons?

Le classement: Les 50 meilleures séries TV de tous les temps

«Je voulais essayer quelque chose de moins conventionnel»

Ecoutons Carlton Cuse. «Dans ces années-là, mi-2000, il n’y avait ni science-fiction ni histoires feuilletonnantes dans les séries. J’avais travaillé sur les séries très classiques telles que Nash Bridge. Je voulais essayer quelque chose de moins conventionnel. Je pensais à mon goût pour Antonioni, Fellini, une manière de construire des fictions ambiguës. La chaîne, elle, voulait une version un peu scénarisée de Survivor. Avec Damon, nous pensions faire, au mieux, 12 épisodes comme nous le voudrions, puis l’aventure s’achèverait. Nous avons bénéficié du fait qu’un responsable se savait bientôt mis à la porte: il a signé le budget en se fichant du projet.»

En 2006, avant la deuxième saison: Les possibilités d'une île

Une précurseure

Il y a eu succès, même ébullition mondiale autour des survivants. Quoi qu’on en pense, Lost a poussé loin les limites de la narration télévisuelle contemporaine. A cette époque où la diffusion des épisodes demeurait hebdomadaire, elle a posé le dispositif du binge, de la boulimie de trames et de mystères.

Elle a joué, en se brûlant sciemment les ailes, la carte de la saturation des pistes et des arcs narratifs. Elle a préparé le terrain de l’explosion des années 2010 – et elle y reste en bonne place, parce que sur certains points, elle demeure inégalée. Carlton Cuse estime que «tout ce qui était vu comme les raisons du probable échec de Lost a constitué les motifs de son succès». Elle a marqué le genre.


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