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L’otage et le président

Il y a des descentes d’avion plus marquantes que d’autres. Marilyn Monroe ou Anita Ekberg balançant leurs formes au-dessus d’un escalier métallique et d’une nuée de paparazzis. Le pape Jean Paul II se hâtant d’embrasser le tarmac. Et puis les otages. Florence Aubenas, les infirmières bulgares, Serge Lazarevic… Mercredi au petit matin, le Français est apparu à l’aéroport de Villacoublay, après trois années aux mains du groupe Al-Qaida au Maghreb islamique. Sa fille était présente dans l’avion qui le ramenait depuis le Niger, mais l’on peut imaginer qu’il ait souhaité retrouver ses autres proches, son pays ou sa liberté à l’écart des objectifs et des caméras. Comme Flaurence Aubenas et les infirmières bulgares.

La France, évidemment, ne pouvait l’entendre de cette oreille. «Après tout ce qu’on a fait pour toi», aurait-elle pensé, en bonne mère culpabilisante. Et François Hollande, comme Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac avant lui, a besoin de la photo. Les journaux auraient pu écrire: «L’ex-otage Serge Lazarevic a atterri ce matin à 7h45 à l’aéroport de Villacoublay. Il a embrassé le président de la République et remercié les autorités d’avoir œuvré pour sa libération.» Mais c’est si peu de chose, face à l’image de l’étreinte, aux yeux mouillés, à la voix tremblante d’émotion. Un président normal trompe sa femme et rejoint sa maîtresse en scooter, il ne libère pas d’otages. Et Serge Lazarevic n’est pas un otage comme les autres, il est «le dernier otage français».

Le chef de l’Etat peut espérer regagner quelques points dans les sondages, jusqu’à la prochaine boulette. Sur ce cliché, Lazarevic a le geste d’un père pour son fils. Il semble dire: «Tout ira bien, tu verras.»