Un matin, Louis a fait son paquetage. Il a calculé le volume exact des objets dont il aurait besoin pour conquérir le Grand Nord de son âme. Avec des amis, ils ont rempli une camionnette et sont partis dans la vallée limoneuse, sur les petites routes essorées, jusqu’à un village de montagne où les hommes portent des masques de bois et des costumes puants; il s’est installé dans un petit chalet au ventre de pierre, un parasol bleu et des ânes aux alentours. Et il a enregistré un disque.

Louis Jucker, depuis dix ans qu’il a gravé son premier album dans un autre ermitage alpin, se fabrique des expéditions, des rituels, pour chevaucher ses chutes. Il est une fois parti dans une cabane au milieu des fjords avec des cassettophones qui portaient la crépitation des fantômes. Il se débarrasse du monde pour mieux l’épouser. «Faut vraiment créer le moment. Quand tu es tout seul, peu à peu, l’ivresse des profondeurs te gagne. Certaines nuits, j’ai vu apparaître des gens autour de moi.»