La corbeille à linge sale sur l’armoire, l’affiche du 20e Montreux Jazz Festival dessinée par Keith Haring et Andy Warhol, trois livres qui se courent après, dont Le Comte de Monte-Christo sur la table de chevet: la chambre de Louis Matute est l’autoportrait foutraque d’un voyageur condamné pour un temps aux arrêts domiciliaires et qui rumine son évasion. «J’ai vécu le confinement comme un hyperactif. Avec des phases de déprime. Je me levais à 8h, bourré de motivation. Et à 8h30, j’avais déjà fait le tour.» Certains jours, il allumait sa caméra et parcourait le manche de sa guitare. Une bouteille à la mer. Le grand large à portée de main.

Louis a 27 ans, peut-être même 26 – il est né en 1993. Il vous accueille chez lui, alors que son colocataire contrebassiste a déserté le long appartement d’étudiant, à Lausanne. Il ouvre la porte en chantonnant. Il prépare le café en chantonnant. Il remplit les silences en chantonnant. Ce n’est pas seulement qu’il est saturé de sons, c’est qu’il jouit d’une timidité paradoxale, entreprenante; il vous raconte des trucs très intimes alors que vous ne lui avez presque rien encore demandé. D’emblée, il vous parle d’un effondrement. La sortie de son deuxième disque, au tout début de la pandémie, les concerts annulés et puis son label allemand qui lui fait un sale coup et retire tous ses enregistrements des plateformes.