D’un côté, un chef de 30 ans, de l’autre, un pianiste de 28 ans. Mercredi soir au Victoria Hall, le public avait rendez-vous avec la relève de demain. Le chef Santtu-Matias Rouvali et le pianiste genevois Louis Schwizgebel entamaient une tournée dans différentes villes romandes et à Bâle avec l’Orchestre de chambre de Lausanne.

Fin, élancé, l’air d’un elfe (ou d’un lutin) aux cheveux blonds, le jeune chef finlandais dégage de l’autorité sur scène. Ses gestes, très grands, un peu trop voyants, tout en hauteur, impriment une belle expressivité à la musique. On a là un chef imaginatif, plein d’idées, qui affiche des parti-pris et saisit la musique à bras-le-corps.

La Symphonie «Classique» de Prokofiev prend un tour humoristique sous sa baguette. Santtu-Matias Rouvali en souligne le côté enjoué, ironique, mettant en relief les trouvailles du compositeur russe. Cette lecture très personnelle, dynamique, aux arêtes vives, tranche avec l’approche plus classicisante d’un Joshua Weilerstein (l’actuel directeur artistique de l’OCL) qui dirigeait la même œuvre l’an dernier.

Ce que l’on aime, c’est la pulsation rythmique et la fraîcheur des idées. Ce que l’on n’aime moins, ce sont ces rubati surlignés dans la «Gavotte», là où la musique pourrait s’écouler avec plus de naturel. L’OCL se montre très réactif à la conception du chef. Même si les cordes ne sont pas toujours cent pour cent homogènes, les musiciens jouent avec élan, verdeur, et font pétiller les rythmes dans l’irrésistible «Molto vivace» final.

Arpèges évanescents

C’était ensuite au tour de Louis Schwizgebel de jouer le 2e Concerto de Saint-Saëns. Son jeu fluide et coloré sied à l’œuvre. Le trait est vif, perlé dans les mouvements rapides, porté par une agilité admirable. Là où il manque un peu de souffle, c’est dans la grande introduction du premier mouvement. Cette entrée est particulièrement difficile, parce que le piano est à nu. Louis Schwizgebel entame son solo (à un tempo un rien bousculé) de manière un peu extérieure; il y a là un geste «romantisant» qui frôle le maniérisme. Par bonheur, il se détend bien vite et développe un lyrisme extrêmement fluide. Certains passages, comme ces arpèges évanescents vers la fin du mouvement, sont auréolés de mystère. Le dialogue avec l’orchestre est équilibré, avec de beaux solos aux bois.

La virtuosité ailée du pianiste fait merveille dans l'«Allegro scherzando» (traits scintillants et perlés), et il empoigne le tarentelle finale avec énergie. Ce piano mobile, agile, coloré regorge de charme. Les grands accords ont de l’aplomb et, à le voir transpirer à grosses gouttes, Louis Schwizgebel se dépense sans compter. Acclamé par le public genevois, il a joué la «Rêverie» des Scènes d’enfants de Schumann. Une interprétation fine, d’une délicatesse qui reflète le tempérament du musicien.

Enfin, Santtu-Matias Rouvali a dirigé une 2e Symphonie de Beethoven aux phrasés inspirés des instruments d’époque. Les sonorités sont drues, les sforzandi accentués, avec une pulsation rythmique très marquée. On frôle l’excès par moments, tellement le chef veut propulser la musique vers l’avant, mais on ne s’ennuie pas une seule seconde. On passera sur l’introduction du premier mouvement un peu bâclée pour apprécier l’énergie dynamique dans le reste du mouvement. Le «Larghetto» est riche en contrastes; le «Scherzo» est pris à (très) vive allure, et le finale pulse et danse. Si Santtu-Matias Rouvali pourrait apprendre à canaliser son geste, sa vitalité rayonnante apporte une bouffée d’air frais à cette musique.


Louis Schwizgebel, Santtu-Matias Rouvali et l’OCL. Ve 21 oct. à 20h à la Fondation Pierre Gianadda de Martigny. www.ocl.ch et www.gianadda.ch