Virtuose

Louis Schwizgebel, l’enfant roi du piano

Installé depuis trois ans à Londres, le jeune musicien de 28 ans mène une carrière internationale en pleine effervescence. Mais il aime aussi squatter Facebook où sa communauté de fans le suit attentivement

Il faut voir ce bout de chou devant son clavier. Le petit Louis n’a que 10 ans. La Télévision suisse romande s’intéresse à lui. Un pianiste prodige genevois, ce n’est pas si fréquent. En 1997, le reportage télévisé dessine, entre professeurs, parents, copains et propos de l’enfant surdoué du clavier, un portrait attachant du bambin aux doigts d’or.

Aujourd’hui, Louis Schwizgebel a grandi. Le jeune homme a gravi les marches du métier et de la célébrité avec constance. Sa mère, Yaping Wang, le suit de très près. Elle nourrit toujours les réseaux sociaux avec ses concerts, récompenses et autres invitations à des festivals ou dans des salles prestigieuses.

Installé depuis trois ans à Londres, le jeune musicien de 28 ans mène une carrière internationale en pleine effervescence. Sa soixantaine de concerts annuels lui convient bien. «Pour l’instant, c’est un équilibre idéal. Je pourrais en faire plus, en comparaison de certains de mes collègues. Mais j’ai la chance de ne pas être sur scène tout le temps. Je trouve que c’est sain: ça donne la possibilité d’apprendre de nouvelles pièces plus en profondeur et de ne pas être sous pression constante. Je peux vivre mon métier comme une passion, avec l’impression de ne pas travailler, mais d’évoluer dans le plaisir.» Quand Louis Schwizgebel revient à Genève, c’est en coup de vent, le plus souvent dans l’appartement familial des Pâquis.

Il publie souvent sur Facebook

Le Steinway à queue de son adolescence l’attend fidèlement, dans une pièce qui n’a pas changé depuis des années. Napperon sur guéridon, dessins d’enfant, copies de grands peintres aux murs, livres et origamis: l’univers de Louis est intact. Ses passions aussi. La prestidigitation, les tours de cartes, la peinture ou les pliages japonais ont toujours leur place dans sa vie et son imaginaire. Et ses nombreux amis, dont le violoncelliste Lionel Cottet, qu’il fréquente toujours, depuis le Gymnase Auguste-Piccard.

La vie du pianiste n’a rien de monastique. Il publie beaucoup sur Facebook ses activités et ses rencontres, exceptionnelles ou pas. Un de ses derniers partages date de la semaine passée, où on le voit copiloter pour la première fois un petit avion de tourisme. Cet été, il plongea en slip dans le lac en compagnie de son fidèle ami violoncelliste à l’issue d’un concert des Aubes musicales aux Bains des Pâquis. Les deux compères s’étaient dévêtus progressivement sans perturber leur interprétation devant un public hilare. Rien ne lui fait peur. Le trac, d’ailleurs, ne le perturbe pas vraiment.

Le chouchou des Genevois

Ce mercredi soir, le pianiste chouchou des Genevois remontera sur la scène du Victoria Hall avec l’OCL. Il interprétera, sous la jeune baguette du trentenaire Santtu-Matias Rouvali, le «2e Concerto» de Camille Saint-Saëns. D’où lui vient donc tant de dons? D’une conjonction heureuse et d’un environnement familial «très attentif».

Avec un père célèbre dans le cinéma d’animation (Georges Schwizgebel) et une mère chinoise, Louis a reçu dès le berceau des particularités et des atouts marquants. Le métissage? «A l’école, je n’ai jamais senti d’altérité. Je suis Genevois et ai toujours été considéré comme tel. La différence se situe seulement dans le fait que je parle et écrit le chinois, et que la cuisine et la culture du pays maternel font partie de mes gènes autant que mes racines suisses.»

Il aurait pu se destiner au dessin, à la peinture

Louis aurait pu se destiner au dessin et à la peinture. A la maison, les nombreux livres sur les grands maîtres n’avaient pas de secrets pour lui. Ses parents l’emmenaient au musée et son papa lui apprenait les règles de l’art et de la perspective, entre natures mortes, autoportraits ou paysages. Très tôt, l’enfant réalise des copies fort ressemblantes de tableaux aimés. Il suit son père partout, de son atelier à l’extérieur. Mais c’est le piano qui l’attend au tournant. «Vers 5 ans, j’ai entendu un copain jouer la «Lettre à Elise» de Beethoven à un anniversaire. Je me suis dit: je veux le faire aussi.»

Les choses s’enchaînent à la vitesse du vent. Louis est «timide, calme, obéissant, un peu solitaire, travailleur et discipliné». Tout ce qu’il faut pour que l’enfant développe ses talents sur un terrain fertile. Et comme il se donne totalement à tout ce qu’il entreprend, il plonge aussi dans la musique sans réserve. Il y consacre son temps et son énergie sans compter.

La peur, puis la joie

Premières leçons en privé avec Franz Josefovski «par imitation, d’oreille, un peu dans le style de la méthode Suzuki». Première audition publique un an plus tard. «Au moment de monter sur scène, je me suis dit que je n’avais pas du tout envie d’y aller. J’avais trop peur. Mon prof ne m’a pas forcé. J’aurais pu le vivre comme un échec. J’ai joué l’année suivante la «Sonate facile» de Mozart. Et ça a été la révélation du plaisir de se produire devant les autres.»

Une joie qui ne tarit pas, grâce aussi à ses professeurs et maîtres successifs. Brigitte Meyer, Pascal Nemirovski, Pascal Devoyon et Emanuel Ax le forment. Stephen Hough ou Mitsuko Uchida sont aussi des «écoutants» dont il bénéficie des conseils précieux. «J’aimerais bien jouer devant Murray Perahia à Londres. C’est toujours très important pour moi d’avoir des retours. Rien n’est jamais fixé.»

Depuis ses 2es prix au Concours de Genève en 2005 et au Concours de Leeds en 2012, Louis Schwizgebel surfe sur la vague du succès. On lui souhaite de rester longtemps sur la crête.


Profil

1987: Naissance à Genève, le 19 novembre.

2005: 2e prix au Concours de Genève (pas de premier prix décerné).

2007: 1er prix des Young Concert Artists de New York.

2012: 2e prix du Concours de Leeds.

2014: Concert aux BBC Proms.

2016: Concert au Victoria Hall le 19 octobre à 20h.

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