Deux têtes pas possibles. Celle de Jean-Pierre Drouet, ronde, débonnaire, avant de prendre la scène. Une face de possédé, comme captif de l'arsenal percussif qui l'encercle quand il se jette en improvisation. Et puis, le visage sérieux de Louis Sclavis, qui vire au triste s'il n'a pas embouché sa clarinette basse et qui se mure au moment du jeu. Deux physionomies qui disent déjà beaucoup des forces invoquées, de l'exigence d'une musique puisée aux carrefours des arts. Récital de l'impromptu, ce soir, au Festival de la Cité.

Il faut avoir vu, une fois au moins, Jean-Pierre Drouet trafiquer avec ses doutes, à l'instant où les silences ne pardonnent pas. Derrière ses lunettes attifées de microphones, qu'un geste de la tête fait crisser, il s'emballe pour les petits riens qui résonnent, fait chanter le plancher, astique des bouts de bois. A 67 ans, il a passé par tous les états du son. Avant de se briser le bras, il souhaitait devenir pianiste. Il se retrouve chez Jean Barraqué à étudier la composition. Luciano Berio et son épouse Cathy Berberian l'entraînent alors pour une tournée américaine qui échoue en fin de nuits dans les bars à jazz.

Les années suivantes, percussionniste tout-terrain, il apprend à frapper persan, à jouer pour les hommes-chevaux de Bartabas, fonde sur des amitiés (Fred Frith, entre dix autres) des duels dont les chartes s'écrivent en direct. Il y a connu Louis Sclavis, autre rescapé des cloisons, capable d'empoigner dans la même semaine un concerto pour clarinette puis de casser ses anches sur du jazz affranchi. La trajectoire du souffleur, né en 1953, ressemble à celle de son acolyte tapageur. Promeneur en Afrique (ses Carnets de route avec Romano et Texier), chambriste fasciné par Duke Ellington et les arts visuels, il ne passe jamais deux fois par la même histoire.

Insolites par vocation, ils incarnent ensemble – et leurs enregistrements pour France-Musique en témoignent – une certaine culture hexagonale venue à la musique contemporaine pour en dévisser le socle.

Louis Sclavis et Jean-Pierre Drouet en concert. Jeudi 10 juillet à 20 h 30. Arche du Pont Bessières, Lausanne.