Antonia Fraser. Les femmes dans la vie de Louis XIV. Trad. d'Anne-Marie Hussein. Flammarion. 414 p. -

Son Marie-Antoinette, porté à l'écran par Sofia Coppola, a été un succès mondial. Ce Louis XIV est bien parti pour l'être à son tour. C'est de femmes qu'il s'agit à nouveau, celles qui entourèrent un roi qui les aima beaucoup, à commencer par sa mère, Anne d'Autriche, et sa petite-fille par alliance Adélaïde qui illumina sa vieillesse. Il y eut bien sûr sa femme, la reine Marie-Thérèse, même si elle fut bien délaissée, et ses favorites devenues mythiques - Louise de La Vallière, Athénaïs de Montespan, Mme de Maintenon -, sans oublier les princesses et les soubrettes de passage.

Dans le registre amoureux et sexuel, répondre aux sollicitations du roi n'était pas seulement une obligation, mais presque un devoir sacré. Louis XIV n'a donc jamais su s'il avait été aimé pour lui-même. Mais ses favorites, à commencer par Athénaïs de Montespan, ont su le persuader qu'il l'était. Il faut dire que Louis était bel homme. C'était aussi un amant ardent. Il était surtout très courtois, soucieux de plaire à ses futures conquêtes. On ne lui connaît pas de propension au viol. Et, selon les témoignages récoltés par Antonia Fraser, il n'était pas porté sur les femmes nettement plus jeunes que lui. Jusqu'à plus ample informé, il n'y a pas de victime dans la vie amoureuse de Louis XIV.

Autrement dit, celui-ci avait besoin de relations «d'égal à égale», même s'il laissait les femmes soigneusement à l'écart des affaires politiques. Il attendait surtout de ses maîtresses qu'elles soient vives, qu'elles soient gracieuses, qu'elles maîtrisent l'art de la conversation, somme toute qu'elles le distraient, ce que sa femme ne faisait guère. Il a toujours été très généreux avec elles, notamment lors des séparations, mais pas au point de se soucier d'elles après qu'elles étaient tombées en disgrâce, ou obligées de se réfugier au couvent comme Louise de La Vallière.

Tant de succès inspire à Antonia Fraser des mots lyriques: «Louis XIV fut heureux en amour. Sa vie privée tumultueuse contribua même aux yeux du monde, du moins lorsqu'il était dans la fleur de l'âge, à sa gloire personnelle, chose qui lui tenait tant à cœur. Ses amours offrent un spectacle certainement plus plaisant que les conquêtes militaires pour lesquelles il avait un goût immodéré.»

L'ombre de l'Eglise a pesé sur ce bonheur. Les jésuites ont tout d'abord fermé les yeux sur l'inconduite du roi. Mais les puritains, de plus en plus puissants, lui ont fait comprendre que de ce point de vue il était soumis aux mêmes lois que le commun des mortels. Prisonnier de l'adultère, le roi devait être «sauvé». Il devait aussi montrer le bon exemple à ses sujets. En 1662, Bossuet s'est déchaîné contre lui dans un prêche au Louvre, indirectement il est vrai, en le comparant à David qui, dans sa jeunesse, avait cédé à une passion illégale pour la femme d'un autre homme. C'en fut trop pour Louise de La Vallière, qui courut donc se réfugier au couvent. Plus tard, ce furent encore les réprimandes de l'Eglise qui contraignirent Athénaïs de Montespan et Louis XIV à se séparer. Le roi n'était pas hypocrite, ni mécréant. Il participait à la messe tous les jours. L'écart entre sa conduite et sa foi lui pesait réellement, ce qui explique probablement qu'à la mort de Marie-Thérèse il ait choisi d'épouser «secrètement» Mme de Maintenon, pour ne plus vivre dans le péché.

Ce livre n'est pas seulement l'histoire des femmes dans la vie de Louis XIV. On peut s'en servir comme d'une introduction très claire au règne du Roi Soleil. Les événements qui l'ont rythmé sont soigneusement présentés. Antonia Fraser parsème en outre son récit de notations sur les mœurs, les croyances et les usages du XVIIe siècle.

Mais qui sont-elles réellement ces femmes aimées d'un roi? L'auteur en fait des descriptions physiques très précises, sur la base de tableaux et de documents écrits. Elle n'omet rien des caractéristiques de leurs familles respectives. Mais elle peine à les faire vivre vraiment, probablement faute de sources suffisantes. Il manque, pour qu'on puisse parler d'un livre achevé, de descriptions psychologiques plus profondes. De ce fait, l'ouvrage brosse moins les portraits des femmes du roi que celui d'un roi amoureux.