Scènes

Le Loup brasse les cartes et parle géographie

Avec «Cercle, cheminer à la surface du globe», le théâtre genevois entre dans le rêve d’Elisée Reclus, géographe anarchiste qui voyait le monde en grand et en rond. Histoire de frontières et de territoire

C’est une course d’école. Qui commence sac au dos, à l’extérieur du théâtre, se poursuit craie à la main avec dessins au sol, et se termine par un exposé sur la carte idéale, une carte-globe qui dit le mieux le monde dans ses reliefs ciselés. «Cercle, cheminer à la surface du globe», à l’affiche du Théâtre du Loup, à Genève, n’a pas été imaginé pour rigoler. Si, un peu, quand même. Les animateurs de l’expédition, Nora Steining et David Gobet, jouent avec brio les vrais-faux G.O. et leurs minifigurines étalon, Michel et Michèle, offrent de jolis décrochages comiques. Mais, sur le fond, c’est très sérieusement que le géographe Alexandre Chollier, le metteur en scène Jean-Louis Johannidès et le vidéaste Laurent Valdès relaient la pensée anarchiste du géographe Elisée Reclus. L’idée? Partir de soi, de son territoire, pour aller vers les autres. Sans limites.

Plutôt carte ou plutôt globe?

Pour vous représenter le monde, préférez-vous les cartes ou les globes terrestres? Si l’on en croit Elisée Reclus, libre penseur du XIXe siècle, seules les courbes peuvent réellement rendre compte de notre réalité. Oui, mais les courbes donnent parfois le tournis et, instinctivement, l’être humain aime bien mettre les choses à plat. De là, à dire que tracer des frontières le rassure…

Rendre la géographie vraie

«Cercle» travaille sur un processus. Celui qui permet de s’approprier son territoire – son quartier, sa ville, son pays, etc. — sans l’ériger en tour d’ivoire. Ainsi, lorsque, de retour dans le théâtre, Nora part au loin, puis disparaît dans les méridiens, laissant David errer dans les sables mouvants sous une pluie de météorites et dans un terrible grondement, elle l’engage à rester serein. Ne pas savoir et ne pas s’émouvoir. Ne pas tout contrôler et ne pas s'effrayer pour autant. Elisée Reclus était aussi un poète: au-delà de son village et de son école, le géographe constate qu’«un enfant voit aussi le ciel infini, les orages, les montagnes ou simplement les broussailles. Qu’on lui fasse bien regarder toutes ces choses, conseille-t-il. Voilà la géographie vraie.»

Laisser la carte respirer

Balade et ballade parfaites, donc, pour entrer en géographie? Oui, encore qu’il pourrait y avoir plus de poésie. Des moments où seules les langues de papier de Sylvie Kleiber dialogueraient avec lumières de Jonas Büler, les fulgurances filmées de Laurent Valdès et les climats sonores de Rudy Decelière. Il serait aussi question de l’homme, mais sans l’homme. De parcours, mais sans explications. De quoi faire encore mieux respirer la carte. En dehors de son devoir de territoire.



Cercle, jusqu’au 18 déc., au Théâtre du Loup, Genève, 1h10, dès 10 ans, 022 301 31 00, www.theatreduloup.ch

Samedi 10 déc., dès 13h30, Théâtre du Loup, grande journée autour du Cercle avec une projection-conférence, une table ronde et un vernissage du livre-carte.

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