Le Loup montre son nouveau Muzoo

Théâtre Le collectif genevois ouvre une galerie-entrepôt, croisement entre le musée et le zoo imaginaire

Eric Jeanmonod, scénographe et cofondateur de la compagnie, commente les images de l’exposition

Quoi! Le Loup en cage? Figé dans une vitrine dorée pour l’éternité? Difficile d’associer le principe d’un musée avec ce théâtre de musique et de mouvement, qui raffole des frasques et attrapes pour défier les lois de la gravité. Et pourtant, la mythique compagnie genevoise s’expose. Et joliment. Car la vitrine n’est pas un musée classique, mais un Muzoo. Moitié galerie, moitié bestiaire. Moitié entrepôt, moitié show. Un hybride. Qui, même statique, continue à surprendre et à charmer.

Tout est parti d’une nécessité. Le collectif genevois, installé depuis vingt ans aux Acacias, a dû trouver un nouveau local pour ses décors stockés jusque-là dans un espace de la Ville. Plusieurs lieux ont été envisagés, mais une évidence s’est imposée: la menuiserie à deux pas du théâtre, avec ses six mètres de hauteur et ses poulies encore opérationnelles, ferait un abri idéal.

Sandro Rossetti, l’architecte-musicien, et Eric Jeanmonod, le graphiste-scénographe, fondateurs du Théâtre du Loup en 1978, ont uni leurs talents pour imaginer le meilleur aménagement. En bas, les décors et costumes sagement alignés, empilés, protégés. A l’étage, des saynètes, comme un chemin de croix, mais sans contrition, qui racontent le collectif à travers ses principales créations.

Et là, émotifs s’abstenir! Car ce livre d’images en trois dimensions a de quoi chavirer les cœurs. La force très tranquille de Buddy & Flappo, les instruments imaginaires du Bal perdu, les masques colorés et chapeautés de Recherche éléphants, souplesse exigée ou encore, bien sûr, l’amour transi de Krazy Kat, le chat fille fou du souris mâle Ignatz, redoutable lanceur de briques…

Pas de nostalgie, non, mais des bouffées de plaisir à la vision de ces animaux si humains, ces personnages si proches de nous dans leurs petites fêlures et leurs grandes illusions. Le 1er novembre, le Loup a bravé la mort en dansant pour le nouveau Muzoo. S’exposer n’est pas se figer, dit Eric Jeanmonod, qui légende les photos. S’exposer, c’est ressusciter de belles émotions.

Muzoo, sa 16h-18h30, di 11h-16h30; 8, ch. de la Gravière, Genève; www.theatreduloup.ch. Entrée libre.