commissaire à la pipe

Loustal, le crayon qui sublime Maigret

Le dessinateur a donné de superbes couvertures pour la nouvelle intégrale de Maigret, et a aussi illustré des romans «durs». Une brève rencontre

Georges Simenon est mort à Lausanne il y a 30 ans. En cette «année Simenon», proclamée aussi en raison de l’anniversaire de l’esquisse de Maigret en 1929, chaque semaine, notre chroniqueur rend hommage à l’impérissable commissaire en lisant les 75 romans.

Retrouvez toutes nos chroniques au long de la lecture des Maigret.

Cette semaine, le 10 septembre 2019, j’ai eu le plaisir d’être invité à la soirée marquant l’année Simenon, à Paris à la Société des gens de lettres – qui avait amendé l’auteur, naguère, pour non paiement de cotisations… Un hommage autour du fils John, animateur de l’héritage, et durant lequel j’ai pu croiser Jacques de Loustal.

J’avais une question, qui ne concernait pas les Maigret, dont il a illustré la dernière intégrale chez Omnibus. Le dessinateur a aussi mis en image des romans «durs», les non-Maigret, et je voulais savoir pourquoi il avait retenu Un Nouveau dans la ville.

Le cas «Un Nouveau dans la ville»

Un Simenon franchement oublié, et par ailleurs, le seul Simenon que j’aie jamais lu avant de me lancer dans mon marathon Maigret depuis juin dernier. J’étais ado, et j’avais été passionné – peut-être certains l’ont vu et s’en souviennent? – par une adaptation d'Un Nouveau dans la ville en téléfilm. C’était en 1987 dans une collection, L’Heure Simenon. Le nouveau, qui avive toutes les rancœurs, était porté par l’inoubliable acteur suisse Roger Jendly.

Pourquoi, donc, ce roman-là? Loustal réfléchit, puis lance: «J’avais envie du contraste, après avoir illustré un roman à Tahiti. Un Nouveau dans la ville se situe à la frontière avec le Canada, j’aimais cette ambiance de presque no man’s land, et il y a l’hiver, la neige, une lumière et des couleurs tout à fait différentes...».

Une exposition en 2011:Loustal ouvre une fenêtre dans l’horizon lémanique

Une imagerie qui colore Maigret

Loustal et Simenon, c’est une histoire d’une dizaine d’années, et qui ne faiblit pas. Les avis son unanimes à propos des couvertures de la nouvelle intégrale Maigret: c’est vivant, subtil et finalement, juste. Il y a quelques bribes de clichés de l’univers du commissaire à la pipe, la nuit, les âmes perdues dans les rues, les écluses et les bateaux. Mais le crayon de l’artiste joue presque le contrepoint, par la vivacité des couleurs choisies.

Un bleu azur, loin du bitume de Paname, cadre ces images. D’emblée, il sort le regard d’une noirceur anticipée. Il y a le grand bonhomme policier, l’imper, la pipe et le chapeau, mais aussi une femme à la cigarette à la chevelure de feu nocturne, un bar-tabac en bâtiment d’angle qui dit la fragilité de la ville sous la pluie, des maisonnettes colorées sous le soleil éclaboussant le moment où la journée balbutie encore...

Une mise en volumes, en contours et en teintes qui renouvelle l’imagerie souvent maladivement grisâtre collée à l’ambiance simenonienne.


«Loustal illustre Simenon»: exposition à la galerie Hurbert Breyne, Bruxelles, du 20 septembre au 19 octobre.

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