C'était annoncé: 2004 serait la grande année du cinéma genevois, avec plusieurs longs-métrages de fiction réalisés par des jeunes cinéastes prêts à sortir. Las! Love Express d'Elena Hazanov et Au large de Bad Ragaz de Christophe Marzal se sont soldés par de cruelles déceptions, tant artistiques que commerciales, tandis qu'Absolut de Romed Wyder retournait en post-production suite à une première sortie peu concluante à Locarno. Pour le reste, Agathe d'Anne Deluz et Parlez-moi d'amour de Lorenzo Gabriele ne sont que des téléfilms TSR piètrement formatés, alors qu'Erwan et compagnie de Marc Décosterd et La Cité des Phénix de Damien Rossini respirent le brouillon adolescent et prématuré. Dès lors, l'année aura surtout été marquée par l'annonce de la retraite d'Alain Tanner après Paul s'en va…

C'est devant le tableau de cette nouvelle Berezina que s'ouvre la traditionnelle fête-rétrospective «Genève fait son cinéma», où courts-métrages (34) et documentaires (18) tiendront une nouvelle fois le haut du pavé. Qui a dit que le cinéma vit d'espoir, même s'il compte plus d'appelés que d'élus? En attendant une Relève et une Révélation à nouveau remises aux calendes grecques, la grande nouveauté de cette année consistera dans l'accueil des films de fiction par le CAC-Voltaire, alors que la salle de Fonction: Cinéma sera consacrée aux documentaires.

A priori, ces derniers devraient constituer le plus intéressant du programme, dans le sillage du remarquable Skinhead Attitude de Daniel Schweizer (le seul à avoir été exploité en salles). On conseillera tout particulièrement Geisha – le Crépuscule des fleurs de Romain Guélat, enquête approfondie qui dissipe bien des préjugés sur un art de vivre japonais en voie de disparition. Seul regret: tout ce travail, qu'on devine ardu et né d'une passion personnelle, aurait mérité de déboucher sur un long-métrage plutôt que sur les 52 minutes télévisuelles imposées. Sur le papier, Nos Racines silencieuses d'Ania Temler, une quête de racines familiales polonaises, et Aral – la Vie après la mer de Maurizio Giuliani, tourné au Kazakhstan, paraissent eux aussi prometteurs, parmi d'autres.

Coup de coeur

Au rayon fictions, notre coup de cœur va au Tramway d'Andrea d'Alexandre Iordachescu, qui imagine une relation particulière entre une jeune conductrice de tram et sa machine. Tourné en Roumanie, ce film frappe par une fraîcheur de ton et un regard poétique qui rappellent les «jeunes cinémas» des années 1960. Le charme de l'actrice, une photo aux coloris surprenants et une musique (très) originale des Young Gods ne gâchent rien. En quelques plans, on se dit qu'une banlieue roumaine décrépite est plus cinématographique que n'importe quel décor genevois!

Plus attendus, des courts comme Demain j'arrête de Nicole Borgeat (suite de sketches sur la dépendance qui révèle un réel talent pour la comédie), Promis juré de Pauline Gygax et Tanoa Despland (joli essai sur l'enfance face à la mort), Joyeux Noël, Félix! de Sami Ben Youssef et Izabela Rieben (animation en pâte à modeler et humour noir) ou Un pur Hasard de Douglas Beer (huis clos prenant qui confronte un homme d'affaires et sa fille call-girl dans une chambre d'hôtel) valent aussi le coup d'œil. Pour combien de Marée noire (Yves Pouliquen) risibles de maladresse? Enfin, ceux qui ne l'ont pas encore vu auront une nouvelle occasion de découvrir le dernier dessin animé multiprimé de Georges Schwizgebel, L'Homme sans ombre.

Genève fait son cinéma. Du 3 au 5 décembre. Maison du Grütli, Général-Dufour 16. Tél. 022/328 85 54.