C'est par sa fraîcheur et sa fougue juvénile que l'UBS Verbier Festival Youth Orchestra fait la différence. Christoph van Dohnányi avait le sourire aux lèvres, samedi soir, après son premier concert avec l'orchestre. Pendant les répétitions, le chef n'a cessé d'encourager les musiciens. Jusqu'à la dernière minute, il leur a prodigué des conseils pour garantir une justesse maximale. Ce qu'on pouvait craindre d'un chef allemand – sécheresse, raideur – ne s'est jamais produit. Bien au contraire, un océan de chaleur et de générosité.

Pas de doute, l'UBS Verbier Festival Youth Orchestra a atteint un niveau professionnel. Sa sonorité, riche quoique transparente, évoque la grande tradition américaine. Si les musiciens savent se fondre en un geste soudé, les chefs de pupitre se distinguent par leurs caractéristiques propres. Ce n'est pas par hasard que Christoph von Dohnányi a salué le flûtiste solo, dont le phrasé et l'imagination ont irrigué la «Huitième Symphonie» de Dvorák. Une fraîcheur qui faisait écho à la «Première Symphonie» dite «Classique» de Prokofiev, donnée en première partie.

Composé en hommage aux symphonistes viennois (Haydn, Mozart), ce diamant brut exige une précision du diable. Christoph von Dohnányi hiérarchise les plans sonores, cisèle la mécanique horlogère des mouvements rapides. Il exalte le dialogue entre les «violons 1» et les «violons 2» disposés de part et d'autre de la scène, comme en stéréophonie. Le moindre contre-chant transparaît avec une netteté stupéfiante. Les frottements harmoniques donnent une saveur épicée à l'œuvre, qui regorge d'humour et de traits persifleurs. Malgré quelques dérapages, un parcours sans faute.

Thomas Quasthoff entre alors sur scène. Le baryton-basse chante une sélection de lieder transcrits à l'orchestre par Webern, Brahms, Offenbach et Reger. La voix frappe par son ampleur et sa générosité. Elle semble sourdre des entrailles de la scène, et le public est suspendu à ces lèvres qui génèrent un verbe impeccable. Thomas Quasthoff n'hésite pas à colorer tel mot, à exalter non seulement la charge dramatique des textes, mais aussi leur poésie en variant le timbre avec finesse (il recourt à la voix de tête). Les transcriptions sont toutes d'excellente facture: elles mettent en valeur les bois, qui tissent un écrin autour de la voix. «Le Roi des Aulnes», transcrit par Reger, est un grand moment. Thomas Quasthoff se métamorphose entre trois personnages: le Roi des Aulnes, séducteur; l'enfant, qui crie sa détresse; le père, imperturbable. L'espace d'un instant, le chanteur simule une scène d'opéra.

Une lecture irrésistible

Par le poids des silences et l'ampleur des respirations, Christoph von Dohnányi perpétue l'école des grands chefs de l'après-guerre. Les cordes suggèrent une sorte de voile à l'arrière-plan. Climat d'intimité. A nouveau, c'est la transparence des plans sonores alliée au caractère bondissant et roboratif des rythmes slaves qui rend sa lecture de Dvorák irrésistible.

La fusion des instruments a beau être délicate, elle est encore plus exigeante dans un ensemble de musique de chambre. Martha Argerich, Gidon Kremer, Yuri Bashmet et Mischa Maisky n'ont pas déçu le public, vendredi soir. Les quatre monstres sacrés faisaient leurs retrouvailles dans le «Quatuor avec piano» de Schumann. Une lecture crépitante, pleine d'élan et de poésie (mouvement lent). Voilà qui tranchait avec le «Quintette en la majeur» de Dvorák, donné par une autre constellation de musiciens. Au toucher de velours d'Emanuel Ax répondaient le violon fougueux de Sarah Chang, celui d'Ilya Gringolts, le violoncelle éloquent de Frans Helmerson et l'alto racé de Nobuko Imai.