Le metteur en scène de théâtre, Luc Bondy, aborde le monde de l’opéra en 1977. Il ne quittera plus le théâtre chanté. Les mélomanes lui en sont reconnaissant tant son rapport à la musique est pétri d’amour, d’intelligence et de respect aux partitions.

La porte d’entrée est exigeante. Lulu d’Alban Berg est son baptême du feu lyrique. Le dodécaphonisme pour pénétrer dans l’univers si codifié et traditionnel de l’opéra, il faut le faire. Luc Bondy le fait, à Hambourg. Il a 29 ans et n’a peur de rien. Non content de cette intronisation remarquée, il persiste et signe: quatre ans plus tard il remet Berg en scène sur la même scène avec Wozzeck. Son esprit chercheur ne lâche rien. Il faut aller au bout de la quête. Il s’y emploie sans relâche sur les scènes d’Opéra du monde entier, avec bien sûr des maisons de prédilection. La fidélité, avec l’exigence, est aussi sa signature…

Parmi elles, Hambourg, donc, où il s’installe à 21 ans avant de repartir vers d’autres horizons. Il y a aussi La Monnaie à Bruxelles où il aborde le baroque avec Monteverdi et son Couronnement de Poppée en 1989. Il y revient en 1993 pour une incursion contemporaine avec la Ronde de Philippe Boesmans. Luc Bondy entretient avec le compositeur belge une relation artistique privilégiée puisqu’on le retrouve à l’ouvrage dans Julie, petit bijou de délicatesse, à Aix-en-Provence en 2005. Et à Lyon, où il laisse un magnifique souvenir de sensibilité givrée dans Le Conte d’hiver.

La trame de son parcours lyrique se tisse ainsi de villes en villes (Aix, Salzbourg, Paris, New-York, Vienne…), de compositeurs (Mozart, Verdi, Strauss, Britten…) en ouvrages révélateurs. Si les petites formes et la modernité le séduisent, les Noces de Figaro et Don Giovanni constituent sont Alpha et Omega mozartien et Don Carlos et Macbeth son indispensable chemin verdien. Mais Luc Bondy dévore aussi Salomé, Idoménée ou Tosca, figures et rôles de haut rang lyrique. On gardera de lui le plus précieux: une humilité face aux œuvres qu’il s’employait à magnifier plutôt que d’en faire ses objets de plaisir personnel.